Asdine DJELFI : « La capacité d’une start-up à pivoter, c’est oser monter nu sur un ring… »

« Les start-up ont l’habitude de pivoter. Mais de quoi s’agit-il précisément au niveau de la méthodologie ? Des explications nous sont fournies par notre contributeur Philippe CARPENTIER (16h44) qui s’est rapproché du créateur de l’application PITCHR, Asdine DJELFI. Tous les enseignements nous sont livrés dans cette interview… ». « Les start-up ont l’habitude de pivoter. Mais de quoi s’agit-il précisément au niveau de la méthodologie ? Des explications nous sont fournies par notre contributeur Philippe CARPENTIER (16h44) qui s’est rapproché du créateur de l’application PITCHR, Asdine DJELFI. Tous les enseignements nous sont livrés dans cette interview… ». Crédit photos : PITCHR.

Ce garçon sait donner vie à un projet à partir d’une feuille blanche. En 2015, convaincu de l’importance d’une bonne mise en relation, l’expert en stratégie d’entreprise et en management crée l’application de rencontres professionnelles PITCHR (www.pitchr.fr). L’aventure débute au sein d’Euratechnologies à Lille. Elle se poursuit désormais dans le cadre du « Village by Crédit Agricole », lieu idéal de fertilisation des start-up avec de grands groupes. Muni d’un MBA (Master of Business Administration), Asdine DJELFI a le souci de l’excellence. Il se confie à notre contributeur, Philippe CARPENTIER (16h44)…

TRIBUNE : Asdine, votre start-up vient de « pivoter ». Ce concept, courant dans le monde des start-up, reste méconnu de certains managers. Pourriez-vous l’expliquer ?

De manière générale, l'innovation renvoie à une façon imaginative de faire face au changement. Il s'agit de générer de nouvelles idées, d'effectuer de la R&D, d'améliorer les processus ou de renouveler les produits et les services. Pour une start-up qui évolue plus particulièrement dans le digital, il est essentiel de très vite se confronter à son marché pour l’apprivoiser et, nécessairement, s’y adapter. On dit souvent « Fail fast and move on». Si nous défaillons, faisons-le vite et continuons notre route. C’est ce que nous avons fait à trois reprises successives avant d’aboutir à des solutions qui se vendent. Pivoter, c’est donc repartir d’une feuille blanche et faire preuve de créativité, d’innovations, mais aussi de confiance et d’énergie. Une entreprise traditionnelle se confronte rarement à des évolutions aussi rapides. Elle n’a souvent pas la possibilité de remodeler son usine ou ses process aussi vite.

Faites-nous vivre cette aventure comme si nous étions au cœur de votre entreprise ?

Nous avons créé PITCHR parce que nous avions identifié un besoin non pourvu : celui de connecter les membres d’une communauté, et d'interconnecter les communautés entre elles, en présentiel comme en virtuel avec des fonctions interactives relativement abouties...Le développement de cette application et de sa plateforme de gestion sur Internet a pris une année. Lorsqu’est arrivé le moment de se confronter au marché, nous avons dû faire face à différents phénomènes. D’abord, les utilisateurs comme les communautés auxquelles nous nous adressons font preuve d’une certaine résistance au changement qui demande du temps pour être dépassée. Cela ne se fait pas instantanément. Nous avions un business model qui était grippé par une monétisation trop lente. Ensuite, parce qu’on n’a jamais une idée seul, il a fallu composer avec l’arrivée d’autres intervenants qui avaient eux aussi détecter ce besoin de mise en relation. Des acteurs américains comme TINDER ou encore le français SHAPR, voyant le potentiel du marché, se sont également positionnés. Mais, avec des moyens colossaux et un système de financement beaucoup plus offensif. On se savait susceptibles d’être bousculés…

Tout cela a donc contribué à modifier le paysage de votre entreprise ?

Oui, nous disposions de « briques technologiques » avancées qui étaient toujours valables mais dont il fallait repenser l’utilisation pour qu’elles restent pertinentes dans une nouvelle configuration. C’était le moment de pivoter. Concrètement, la solution a consisté à créer des offres en « marque blanche » qui permettent de faciliter et de dynamiser les interactions humaines dans sa sphère professionnelle. Une solution « corporate » et une solution pour les événements sont nées de cet aboutissement : elles nous permettent d'être désormais connectées aux besoins réels de nos clients.

Qu’est-ce qui explique le succès de votre application ?

L’application « Teamin’APP » créée des liens et de l’interactivité entre les membres d’une communauté, même lorsqu'ils sont physiquement distants. Une grande entreprise l’utilise par exemple pour renforcer la dynamique collective de ses vingt agences en France, fédérer ses équipes, communiquer efficacement ou encore générer des opportunités pour chacun de ses collaborateurs. Le pôle d’innovation « Cap Industrie » a fait le choix d’équiper ses 3 500 adhérents avec notre solution. L’application « Event’app » facilite quant à elle la connexion entre participants et exposants à un même événement, avant, pendant ou après l'événement. Elle fait ses preuves, comme on vient de le voir sur deux forums du recrutement ou encore lors de la convention d’un grand groupe bancaire. Aujourd’hui, nous sommes en compétition sur de beaux projets qui pourraient nous amener à nous positionner sur des projets événementiels internationaux. Ces applications sont le résultat concret de cette démarche de pivot.

 

 

Qu'est-ce qui est, selon vous, fondamental pour réussir cet exercice difficile ?

Il y a quatre difficultés à dépasser pour opérer un bon « pivotage ». La première est psychologique. Il faut accepter de monter sur le ring, nu. Cela peut sembler vertigineux, la première fois, de modifier ses plans pour tenter de nouvelles choses. Mais au fil des expériences, on finit par combattre mieux protégé et avec plus d’aisance. La deuxième est stratégique. Il faut être capable de se réinventer sans perdre son âme. PITCHR a été entièrement désossé mais notre ADN n’a jamais été écorné : il ne sera pas remis en cause, quand bien même l’activité actuelle devrait encore être redessinée. L’envie de créer des mises en relations généreuses, à forte valeur ajoutée, demeure l’essence de nos projets. La troisième difficulté est marketing. Il faut profiter de l’énergie de ceux qui t’encouragent, mais aussi et surtout être capable de prendre en compte les remarques des « détracteurs bienveillants ». Ceux qui te font avancer sont souvent ceux qui n’y croient pas ou qui émettent des réserves qui finalement te poussent à faire évoluer ton projet. Cela rend l’écoute client vraiment efficace. La quatrième, enfin, est opérationnelle. Le plus difficile est d’accepter de ne garder que 20 % de ce que tu as construit, car seuls ces 20 % correspondent vraiment à la demande des clients. Et puis les premières commandes arrivent et entraînent avec elles d’autres commandes...

Comment transposer ces enseignements pour une activité plus traditionnelle ?

En premier lieu : il faut prendre le chiffre d’affaire comme une jauge. Si le produit ne se vend pas ou plus, c'est que son offre ne répond pas ou plus à une demande. Ensuite, il faut accepter, dès que l’activité faiblit et avant d’aborder la phase de déclin, de se défaire d’une partie de ses ressources, de ses habitudes, du process. Même, et surtout si avec le temps, ils étaient gravés dans le marbre. Enfin, il faut toujours rester connecté à sa mission et à ses valeurs. Pour nous, l’idée clé est qu’il n’est pas si facile de rencontrer la bonne personne, au bon moment. Il faut bien identifier l’essence de sa démarche et toujours la garder en ligne de mire.

L’Application

Définissez aussi précisément que possible l’ADN de votre projet, et inscrivez-le pour ne pas le perdre de vue. Identifiez ce qui, dans votre offre, est intemporel.

Demandez-vous : si je devais ne garder que 20 % de mes ressources et de mon activité, qu’est-ce qui est essentiel ? Que dois-je conserver absolument ?

Confrontez-vous aux critiques.

Ecoutez-les attentivement. Peuvent-elles faire évoluer votre offre pour aller vers un mieux ?

Philippe CARPENTIER

www.deciderjuste.com

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