Les Assises de la santé mentale accouchent de décisions inquiétantes pour la filière : prise de tête chez les psys !

« Les psychologues s’inquiètent des nouvelles annonces faites par le locataire de l’Elysée après les Assises de la santé mentale. Cela pourrait remettre en cause tout le modèle opératoire de la corporation… ». « Les psychologues s’inquiètent des nouvelles annonces faites par le locataire de l’Elysée après les Assises de la santé mentale. Cela pourrait remettre en cause tout le modèle opératoire de la corporation… ». Crédit Photos : D.R.PIXABAY

Le remboursement des consultations de psychologue sera mis en vigueur à partir de janvier 2022. Le 28 septembre, Emmanuel MACRON a annoncé ces changements à la suite de la clôture des assises de la santé mentale et de la psychiatrie. Un plan qui semble pourtant bon en surface mais qui s’avère poser de réels problèmes en profondeur.   

 

TRIBUNE: Le 27 et 28 septembre dernier se sont tenues les Assises de la santé mentale et de la psychiatrie afin de trouver plusieurs solutions aux soucis psychologiques engendrés par la crise sanitaire de la COVID-19 et de permettre un meilleur accès aux soins.

Pour donner suite à celles-ci, de nombreuses décisions ont été prises. Des décisions qui ne font pas l’unanimité auprès des psychologues.

« Avant de décider quoique ce soit, il aurait peut-être été judicieux de se rapprocher des psychologues ou des syndicats qui nous représentent... Je ne connais aucun psy qui est d'accord avec ce qui a été proposé ! » déclare sans ambages Chloé TOUTAIN, psychologue en libéral à Dieppe.           

Emmanuel MACRON a annoncé que l’Assurance maladie remboursera toute la population dès l’âge de trois ans, après une consultation de psychologie libérale si celle-ci souffre de dépression ou d’anxiété.

En revanche, pour obtenir le remboursement de ces séances, le patient doit obtenir, au préalable, un adressage médical de son médecin généraliste. À la suite de cet accord, il est redirigé vers un spécialiste pour un forfait de huit séances de trente minutes renouvelables.

La première consultation sera facturée 40 euros. Puis, les suivantes seront de l’ordre de 30 euros sans dépassement d’honoraires.

Chloé TOUTAIN s’interroge : « Que fait-on des autres patients ? Et c’est aussi limité à partir de trois ans. Est-ce que cela signifie que je ne peux pas proposer de prise en charge avant cet âge ? ».

Emmanuel MACRON a, en revanche, précisé que les psychologues ne souhaitant pas participer à ce parcours de soins pourront continuer d’exercer comme ils le faisaient avant. Mais alors qu’en est-il réellement pour ceux qui adhéreront à ce projet ?

 

L’accès aux soins compromis ?

 

Suites à ces annonces pour le moins contestées, de nombreux hashtags tel que #Remboursementpsy ou #Psyencolère sont apparus sur les réseaux sociaux comme Twitter ou Instagram, afin de faire entendre leurs mécontentements.

Les psychologues ont également fait grève dès le mardi 28 septembre, jour où se tenaient les Assises. Cette grève avait pour objectif de témoigner la détermination des psychologues et ne pas céder à leur identité professionnelle. Ce qui devient problématique n’est pas tant le remboursement mais la dureté des conditions pour avoir accès à un psychologue.

 

 

Selon Chloé TOUTAIN : « normalement, le patient est libre du choix de son psy, ce qui n'est plus le cas. Une fois que le psy a vu le patient, il doit rédiger un compte-rendu au médecin pour affirmer qu'une prise en charge est nécessaire. Quid de la confidentialité ? ».

 

 

Des séances de soins ramenées à une petite demi-heure…

 

Élisabeth a relaté les faits et exposé son avis sur Instagram en tant que psychologue clinicienne et diplômée d’un master de psychologie clinique et psychopathologie.

Selon elle, « aller voir d’autres professionnels vient infantiliser et ne légitime pas les  patients dans leurs demandes et leurs besoins. »

Selon les besoins, une séance dure en moyenne entre quarante-cinq minutes et une heure trente. Avec les nouvelles conditions édictées par Emmanuel MACRON, celles-ci seront réduites à seulement trente minutes.

C’est l’un des points qui déplaît le plus aux citoyens. En effet selon, Calista MARQUET, étudiante en deuxième année de licence de psychologie à l’université de Bourgogne : « On veut limiter les séances à un certain temps sans même savoir le besoin du patient. ».  

Inconcevable ! Or, en réduisant le temps de rendez-vous, le psychologue sera contraint de proposer davantage de créneaux horaires afin de pouvoir être rentable à la fin de sa journée.

De plus, selon Élisabeth, « le temps proposé ici vient accélérer, voire supprimer les temps que comportent une séance (entrée, reprise de confiance afin de se livrer, échanges, silences, séparation) ».

Un dossier kafkaïen à suivre de près !

 

Jordane DESCHAMPS

 

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