L’audiovisuel de demain : des programmes interactifs et manipulables comme les jeux du cirque d’hier ?

« Le monde de l’audiovisuel vit une profonde mutation avec l’apport des nouvelles technologies et de l’interactivité avec le public ; loin des poncifs de la télé de « papa », aujourd’hui totalement dépassée. A base de programmes mûrement ciselés pour mieux manipuler les consciences ? ». « Le monde de l’audiovisuel vit une profonde mutation avec l’apport des nouvelles technologies et de l’interactivité avec le public ; loin des poncifs de la télé de « papa », aujourd’hui totalement dépassée. A base de programmes mûrement ciselés pour mieux manipuler les consciences ? ». Crédits Photos : PIXABAY et D.R.

La télévision n’est pas encore morte. Mais, elle s’adapte aux nouvelles générations en utilisant des systèmes technologiques poussés et les supports du moment, en rendant parfois les programmes plus ludiques grâces aux commentaires souvent humoristiques enregistrés sur les réseaux sociaux. Alors, exit la télé de « papa » qui fit le bonheur de la France heureuse des années glorieuses ? Assurément !  

 

TRIBUNE : Le 14 avril 1931, Henry BARTHELEMY réalise la première transmission d’une image de trente lignes, de Montrouge à Malakoff ! A partir de 1935, la Tour Eiffel sert d’antenne émettrice. En 1940, les Allemands prennent en main la télévision. Le 07 mai 1943, ils diffusent une émission pour distraire les soldats du Reich dans les hôpitaux. Alors, libérée de la propagande nazie le 23 mars 1945, est créée la radiodiffusion française. Il faudra attendre le 29 juin 1949 pour voir le premier journal télévisé.

A cette époque, on compte 297 foyers détenteurs d’un poste de télévision. Le Tour de France fera l’objet de reportages. Dans la foulée, Henry QUEUILLE, alors ministre des Finances, viendra cueillir les Français pour récolter la première redevance TV ! Les années 50 marquent le début de la télévision moderne avec des émissions qui créent l’événement. On assistera ainsi au couronnement de la reine Elisabeth II. Mais surtout, c’est l’émergence d’émissions mythiques que les moins de 60 ans ne peuvent pas connaître, et qui vont marquer l’histoire du petit écran : « La Caméra explore le temps », « Cinq colonnes à la une », « Discorama », « La Piste aux Etoiles », « La Vie des animaux »…

Le premier présentateur du journal télévisé fut Pierre SABBAGH en 1949. Vont suivre Jacques SALLEBERT (journaliste d’une célèbre incartade : il quitta les Etats-Unis pour fêter l’anniversaire de sa mère, pensant qu’il ne se passerait rien durant les week-ends, le jour…de l’assassinat du Président KENNEDY), Georges de CAUNES,  Pierre TCHERNIA, Pierre DUMAYET (il fut co-créateur de « Cinq Colonnes à la une »), Claude DARGET (pipe en bouche pendant la présentation du JT)…

Les émissions étaient présentées par des speakerines. Pour les historiens, la première d’entre elles fut Béatrice BRETTY en 1931. Nous avons le choix entre piston ou « promotion canapé » puisqu’il s’agissait de la compagne du ministre des Postes et Télégraphes, Georges MANDEL. Plus connues, les présentatrices de l’ère moderne furent Jacqueline JOUBERT (compagne de Georges de CAUNES, ils auront un fils, un certain Antoine), Catherine LANGEAIS (présentée comme le grand amour de François MITTERRAND, mais qui deviendra l’épouse de Pierre SABBAGH), Jacqueline HUET, Jacqueline CORA et Anne-Marie PEYSSON qui co-présentera «  Le Palmarès des Chansons », une célèbre émission créée par Guy LUX.

Des noms, des émissions qui raisonnent dans la tête et le cœur de  beaucoup d’entre nous et apportent encore un peu de nostalgie et l’insouciance de la jeunesse…

Si en 1952, on recense 19 000 postes de télévision, on en compte déjà 683 000 en 1957 ! Aujourd’hui, on peut voir 70 chaînes de TV gratuites et 200 chaînes en option ! Ces « bouquets » de chaînes sont surtout financés par les spots publicitaires : la pub impacte 96 % des foyers français équipés d’au moins un poste ! Il faut ajouter que 95 % des personnes possèdent un smartphone, 24 millions ont une tablette et 82 % un ordinateur. Sachant que l’on regarde la télévision sur son poste et/ou grâce à Internet accessible avec son smartphone, sa tablette ou son ordinateur, il est clair que les comportements vis-à-vis de la télé ont changé ! 

 

 

La télévision serait-elle définitivement passée de mode ?

 

Il est clair que nous passons de moins en moins de temps devant notre poste de télé et surtout devant les émissions en direct. Certains programmes, comme les matchs de football ou les interventions du Président de la République, assurent de l’audimat.

Cependant, nos usages devant l’écran se modifient grâce à la multiplication des chaînes, aux nouvelles plateformes, au replay et à la multiplication des supports audiovisuels (TV, tablettes, smartphones et ordinateurs). Nous sommes loin de ce début des années 60 où rivés sur le JT présenté par Léon ZITRONE, les Français faisaient silence en mangeant leur soupe.  

Si 96 % des français possèdent la télé, les jeunes sont de moins en moins équipés : ils sont 97 % en 2018 contre 79 % en 2020 ! De plus, la grande majorité des Français  reçoit la télé grâce à Internet. C'est-à-dire par une « boîte » fournie par un opérateur (Orange, Free…). A la différence d’une réception hertzienne, il devient possible de regarder des programmes en différé. 94 % des foyers utilisent le replay.

Ce phénomène est bien dans la ligne d’une société plus individualiste : chacun des membres d’une même famille regarde ce qu’il veut et quand il le veut. En moyenne, on compte plus de cinq écrans possibles par foyer !

 

 

Selon l’institut Médiamétrie, en 2020, les Français ont passé 3h58 devant la télé (une moyenne toute génération confondue). Ce chiffre varie selon les âges. Les seniors évoluent peu dans leur pratique et beaucoup regardent leur poste simultanément à la diffusion d’un programme. Par contre, les plus jeunes, les 15/34 ans consacrent en moyenne 1h57 devant l’écran contre 5h46 pour les plus de 50 ans. Durant le confinement de mars à mai 2020, il faut ajouter 1h12 de temps de visionnage par jour !

Les plus jeunes conçoivent leurs programmes et évitent au maximum les publicités : des rediffusions et à travers de nouvelles plateformes (Netflix, Molotov, Salto, Amazon Prime, Apple TV…). Ces plateformes enregistrent nos goûts. « L’intelligence artificielle » de ces nouveaux systèmes, proposent des programmes susceptibles de nous plaire et permettent de fidéliser leurs clients en produisant les émissions qu’ils apprécient.

Ces nouveaux usages ne nous éloignent pas nécessairement de la télévision. Les habitudes changent. Mais, la télévision traditionnelle résiste grâce à ce que l’on appelle aux Etats-Unis la « Social TV ». Le concept progresse en France : en même temps que l’on regarde une émission télévisée comme des témoignages ou un match de foot, on commente ce qu’on regarde avec des amis ou des inconnus sur les réseaux sociaux.

Ainsi, le 13 avril 2020, lors de l’annonce du premier déconfinement par Emmanuel MACRON, 34 millions de Français suivaient en direct l’intervention de leur président. Parallèlement, des dizaines de milliers d’internautes commentaient le discours sur les réseaux sociaux. Certains programmes vont même jusqu’à inciter les spectateurs à regarder les programmes tout en intervenant sur Facebook ou Twitter ! Il s’agit d’émissions aussi emblématiques que « L’Amour est dans le pré », « The Voice » ou encore « Koh-Lanta ». 

 

 

Quel futur pour la télévision ?

 

A Las Vegas, lors du salon « CES 2021 » (Salon de l’électronique grand public) furent présentés les téléviseurs dernière génération. Ils sont connectés et équipés d’une barre de sons ; ils sont destinés à remplacer nos postes classiques et autres vidéoprojecteurs d’ici cinq ans.

La Chine, avec son fabricant HINSENS, est leader sur ce jeune marché. Ces « Laser TV » sont vendus autour de 3 000 euros (premiers prix). Le fabricant coréen, LG, va plus loin : la télé qui s’enroule comme une affiche enfin disponible à la vente pour 70 000 euros ! Les écrans transparents (on peut voir derrière le poste), coûtent moins chers mais il faut compter 7 000 euros chez LG et Panasonic.

Et les programmes du futur ? Dans ce domaine, tout est possible. On peut imaginer des jeux avec l’utilisation simultanée du téléviseur et des réseaux sociaux. Soyons fous : une émission filmerait un jeu plus fort que « Koh-Lanta » avec des candidats devant se rendre d’un point à un autre. Ils auraient le droit de « s’entretuer » en direct ! Quel audimat ! Le rêve pour les annonceurs… Voir ou revoir le film « Hunger Games ».

Nous n’en sommes peut-être pas si loin de tout cela. Une société organisée autour de régimes totalitaires, proposant au peuple affamé et sans travail du pain et des jeux !

« Panem et circences », si chers à nos amis de la Rome antique !  

 

Jean-Paul ALLOU    

 

 

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