Une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint : mais qu’est-ce qu’on attend pour agir ?

« Il n’est pas question de savoir si le problème de la justice, c’est la police ou si le problème de la police, c’est la justice. Ces administrations doivent se parler pour endiguer les drames humains qui se jouent à côté de nous au quotidien… ». « Il n’est pas question de savoir si le problème de la justice, c’est la police ou si le problème de la police, c’est la justice. Ces administrations doivent se parler pour endiguer les drames humains qui se jouent à côté de nous au quotidien… ». Crédits Photos : Mélodie DESCOUBES/Unsplash/PIXABAY.

« Féminicide ». « Homicide volontaire d’une femme ». « Meurtre d’une femme en raison de son sexe ». « Uxoricide » (du latin « uxor », épouse et « cide », tuer). Peu importe les termes. Il est temps de mettre en place des moyens efficaces pour mettre fin à ce fléau. La dernière victime a été tuée par balle, par son ex-conjoint, dans la ville paisible de Monéteau. Elle avait 32 ans et deux enfants de 18 mois et 5 ans. Ils ont tout vu, tout comme les passants impuissants. Tout comme la Justice impuissante…

 

TRIBUNE: Cette jeune maman avait déjà porté plainte plusieurs fois. Et pourtant, le pire est arrivé. En 2021, rien de devrait jamais empêcher une femme battue de demander de l’aide et d'être sur le champ protégée, de quitter un foyer ou un milieu qui est à risque pour elle et pour ses enfants. En 2021, il serait temps de croire sur parole une femme battue et que police et justice travaillent enfin main dans la main.

Tous les trois jours, chez nous, en France, une femme meurt sous les coups de son conjoint. C’est affreux. Brûlées vives, comme cette jeune femme de 31 ans en Gironde au mois de mai dernier ; tuées par balle, à bout portant, comme cette jeune femme de 32 ans abattue sur un parking, en plein centre-ville de Monéteau, sous les yeux de son fils de cinq ans. 

N’importe où, frappées, étranglées, immolées, éventrées, terrifiées pendant des mois, des années, et, ce, dans n’importe quel milieu social, les femmes meurent régulièrement sous les coups d’un homme parce qu’elles n’avaient qu’un seul tort : celui d’être une femme. Une récente étude montre même que pendant les neuf mois de la grossesse, les violences ne cessent pas : deux femmes sur cent en seraient victimes.

La France prend-elle la mesure de l’extrême gravité de cette situation ? On peut en douter. Un homme violent, que ce soit physiquement, psychologiquement, contrôlant (ou toute déclinaison des formes que peut prendre la violence), peut vivre en France sans être inquiété par le système judiciaire.

 

Le féminicide est un crime…

 

« Si elle reste aux côtés de son mari violent, c’est son problème », « elle n’a qu’à partir », « elle l’a bien cherché », entend-on trop souvent. Bien sûr, ce n’est malheureusement pas si simple. Ces femmes violentées ont, en effet, le plus souvent des enfants à protéger, nulle part où s’enfuir et ont tout simplement honte de leur situation. 

Au lieu de compter les points entre les bonnes et les mauvaises attitudes de ces femmes, de chercher des explications dans le comportement féminin, on ferait mieux de protéger ces victimes sans défense. Allons, reconnaissons-le : le féminicide est un crime, un crime contre l’humanité qu’il ne convient pas de minimiser ou d’excuser pour telles et telles raisons. 

Ce n’est pourtant pas faute d’en parler, de le dénoncer, de tenter de le prévenir par des campagnes de sensibilisation musclées portées par le gouvernement ou des personnalités. Aucun effet. A croire que les femmes ne comptent guère dans la société. A croire que mourir sous les coups d’un homme, c’est presque naturel et normal.

 

Des statistiques en trompe l’œil…

 

Certes, on nous dit que les chiffres baissent sensiblement. « Seulement » 90 femmes ont été tuées par leurs conjoints ou ex-conjoints en 2020, contre 146 en 2019. Une « baisse de 38 % » semble se réjouir notre Garde des Sceaux Eric DUPOND-MORETTI. Quel exploit ! Sauf que la baisse s’explique par le fait que le confinement a empêché les femmes de quitter leur conjoint et que les hommes sont donc moins passés à l’acte. Or, tout porte à croire, hélas, que ces chiffres vont repartir à la hausse avec la fin de la crise sanitaire. Avec déjà 40 féminicides commis depuis janvier dernier, on peut annoncer avec cynisme que l’on devrait retrouver les chiffres de croisières : entre 120 et 130 victimes en fin d’année. 

Depuis dix ans, de nombreuses mesures ont été prises en France pour tenter d’enrayer ce fléau qui voit plus de 220 000 femmes en moyenne par an être victimes de violence conjugale. Mais les plaintes tombent encore trop souvent dans les fissures d’une « justice défaillante », parce que mal harmonisée.  Échapper aux griffes d’un conjoint violent, c’est un véritable parcours du combattant pour les femmes qui laissent aux agresseurs une marge de manœuvre suffisante pour commettre l’irréparable. 

 

 

Violences conjugales : à quand une priorité au sein des tribunaux ?

 

Comment alors ne pas parler de dysfonctionnement judiciaire ? La plupart des mains courantes, plaintes pour menace de mort restent bloquées dans les murs du commissariat.

Notre monde ne tourne décidément pas rond : quand celui qui purgeait sa peine en prison demande à rentrer chez lui sous bracelet électronique et qu’on l’y autorise, c’est que le conjoint qui a tué sa femme n’est pas considéré comme dangereux par la justice, seulement par la police. 

On vit donc dans un pays qui est capable de fabriquer des caméras pour transmettre des images et des sons depuis la planète Mars mais où les commissariats ne sont pas fichus de transmettre des informations cruciales au Parquet.

En gros, la question n’est pas de savoir si le problème de la justice, c’est la police, ou si le problème de la police, c’est la justice. Il faut juste que ces administrations se parlent. Sinon ça ne sert à rien de dire que la lutte contre les violences faites aux femmes est une cause Nationale. Sinon, ça ne sert à rien de dire qu’il faut une administration plus efficace. Sinon, on sera tenu de faire toujours des commissions d’enquête pour déterminer ce qui a fait perdre la vie à une femme qui est morte juste parce que c’est une femme et que son conjoint n’a pas accepté qu’elle le quitte.

 

Anne-Charlotte LAUGIER

 

 

 

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