Les hommes politiques persistent dans leurs certitudes : il ne faut pas avoir raison mais être surtout entendu !

« C’est dans sa résidence privative de La Boisserie à Colombey-les-Deux-Eglises que le Général de GAULLE préparait ses stratégies en matière de politique internationale. Plusieurs analogies existent entre le père de la Cinquième République et libérateur de la France, et l’actuel président en fonction à l’Elysée. L’histoire ne serait-elle finalement qu’un éternel recommencement comme le suggérait si bien le poète et cinéaste, Jean COCTEAU ? ». « C’est dans sa résidence privative de La Boisserie à Colombey-les-Deux-Eglises que le Général de GAULLE préparait ses stratégies en matière de politique internationale. Plusieurs analogies existent entre le père de la Cinquième République et libérateur de la France, et l’actuel président en fonction à l’Elysée. L’histoire ne serait-elle finalement qu’un éternel recommencement comme le suggérait si bien le poète et cinéaste, Jean COCTEAU ? ». Crédit Photo : D.R.

En juin 1940, comme chacun le sait, le général de GAULLE s’exile à Londres pour y continuer le combat contre l’occupant. Il y pose les fondements de la France libre. Le père de la Vème République inaugure cette grande épopée de notre histoire par un discours demeuré célèbre, qui est devenu une vraie leçon de vie : « Nous avons perdu une bataille mais nous n’avons pas perdu la guerre… ». En juin 2017, Emmanuel MACRON accède à la présidence de la République. Une république qu’il met ou plutôt souhaite remettre en marche. En parallèle, il désire dynamiser cette vieille Europe, devenue cacochyme après toutes ces années d’existence et d’errances administratives. « Vaste programme ! » aurait pu argumenter goguenard le résident de Colombey-les-Deux-Eglises…

TRIBUNE : Il y a quelques jours, Emmanuel MACRON publiait un manifeste en simultanée dans les vingt-huit pays de la Communauté européenne. Ce texte, écrit de sa plume, contenait diverses propositions, dans lesquelles, le chef de l’Etat français envisage une convergence sociale et économique au niveau du continent. Notamment en matière de protection sociale, où la création d’un SMIC s’impose à lui, ce qui aurait pour résultante de favoriser davantage l’homogénéité entre les Européens.

Sur ce principe de « convergence sociale européenne », à l’instar de l’opération de ralliement du Sénégal par le général de GAULLE au siècle dernier, on ne peut qu’être qu’à l’unisson de notre président. Le dumping social que nous subissons depuis l’élargissement de l’Europe est catastrophique. Il explique justement la résurgence et le succès croissant des mouvements dits « populistes » aujourd’hui.

L’histoire est un éternel recommencement (Jean COCTEAU)…

Mais, retournons en arrière dans le temps et dans l’espace. Plus précisément, arrêtons-nous à Londres et à Dakar. Charles de GAULLE veut donner une assise consistante à la France libre. Celle-ci doit être fondée sur une notion simple : celle d’un empire. L’empire représente un concept ou plutôt une fibre biologique du général de Gaulle. Relisez ses mémoires de guerre et comptabilisez  travers les lignes le nombre de fois où l’illustre personnage écrit la locution, « la France et son empire ».

Or, des morceaux de cet empire se sont déjà ralliés à la France libre. Le Tchad, l’Oubangui-Chari (qui sait d’ailleurs ce qu’était ce territoire à l’époque dont volontairement je vous tairai l’appellation moderne pour vous inviter à un petit effort intellectuel !) et le Congo-Brazzaville (même exercice que précédemment : pourquoi le Congo s’appelait-il il y a peu encore le Congo-Brazzaville ?).

De GAULLE entend maintenant rallier le Sénégal. C’est une colonie emblématique qui, de plus, occupe une place stratégique sur la façade Atlantique. Winston CHURCHILL approuve l’idée de De GAULLE et organise une expédition navale franco-anglaise : objectif mettre le cap sur Dakar.

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L’expédition fut un échec total. On peut légitimement se poser cette question : pourquoi de GAULLE et CHURCHILL n’ont-ils pas envoyé des émissaires auprès du gouverneur de ce pays de l’Afrique équatoriale préalablement à cette mini-armada afin de sonder sa position ? Comme toujours, la réponse à cette question est simple comme bonjour : ils étaient sûrs de leur fait !

Oublions ce passé peu glorieux et revenons d’un coup de baguette magique au présent. En ce mois de mars 2019, plus exactement. Et aux propositions faites par notre président et destinées à la dirigeante du plus grand parti politique allemand, la CDU (Christliche Demokratische Union), Annegret KRAMP-KARRENBAUER. Cette dernière a répondu de façon claire, nette et sèche au pensionnaire de l’Elysée. Elle a rejeté tout bonnement la proposition d’un bouclier social et la mutualisation des dettes.

Pire, et c’est aussi un sacré pied de nez adressé au référent suprême de la République en Marche, le leader de la CDU propose même de déménager le Parlement européen de Strasbourg à Bruxelles. Afin de réduire le rôle de la France à la portion congrue ?

En résumé, son accord de principe ne concerne que quelques banales généralités : « Une Europe plus forte et adaptée à l’évolution rapide du monde… ». Fermez le ban ! On a tout compris à cette nouvelle gesticulation. Ne nous faisons plus d’illusions sur le modèle opérationnel instauré par le couple franco-allemand depuis des lustres, il est aujourd’hui obsolète...

Lao TSEU et Sacha GUITRY l’avaient écrit…

Alors, quels rapports, me direz-vous, entre l’opération de Dakar de septembre 1940 et la formulation de ce grand projet européen du président MACRON ? La réponse reste la même ! La référence philosophique chinoise Lao TSEU les avait avertis tous les deux il y a vingt-six siècles de cela : « Avant d’agir ou de parler, pense à ce qu’il y a dans la tête de ton interlocuteur… ». Autrement dit, il est préférable de sonder celui qui est en face de soi avant d’agir ou de s’exprimer à l’emporte-pièce !

Et même si le président MACRON a raison en caractérisant le dumping social comme ingrédient principal du populisme, il est nécessaire de se souvenir de la pensée profonde de Sacha GUITRY, auteur prolifique au demeurant, qui écrivit au détour d’une soirée parisienne : « Mon père avait raison : mais, dans la vie, il ne faut pas avoir raison. Il faut être entendu… ». Dont acte !

Emmanuel RACINE

 

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