Présidentielle : au-delà de leurs programmes, et si la défaite des candidates relevait de la pure misogynie ?

 « Alors qu’elles étaient nombreuses à se présenter à ces échéances présidentielles 2022, les candidates féminines n’ont pas été épargnées par des moqueries et des quolibets reposant sur de la pure misogynie. Le féminisme serait-il craint en France dès que l’on parle de politique par les hommes en quête de pouvoir ? ». « Alors qu’elles étaient nombreuses à se présenter à ces échéances présidentielles 2022, les candidates féminines n’ont pas été épargnées par des moqueries et des quolibets reposant sur de la pure misogynie. Le féminisme serait-il craint en France dès que l’on parle de politique par les hommes en quête de pouvoir ? ». Crédits Photos : D.R.

En Occident, la misogynie est endémique et séculaire. C’est un secret pour personne. Loin des analyses pompeuses et aussi « sottes que grenues » (!), nous regarderons uniquement par le petit bout de la lorgnette la défaite de la candidate du Rassemblement National au second tour. A l’instar des autres prétendantes dès le premier. En demeurant sur le seul terrain psychologique, voire psychanalytique.  

 

TRIBUNE : La légendaire phallocratie des hommes vis-à-vis des femmes qui briguent le pouvoir, semble encore plus crédible dès que ces dernières peuvent rassembler des suffrages. Alors que je posais la question au Secrétaire général d’une célèbre obédience maçonnique : « Pourquoi les femmes ne peuvent pas devenir « Franc-maçon » (Il existe pourtant des obédiences féminines), il eut cette réponse : « Les femmes, grâce à leur capacité à enfanter, sont donc initiées par nature et ne peuvent être initiées dans la Franc-maçonnerie » !

Tout est dit, en dehors de l’incohérence de la démonstration, nous avons là une réponse qui illustre fondamentalement mon propos sous l’angle psychanalytique : l’homme est jaloux de cette capacité à enfanter et donc un peu revanchard !

 

 

La jalousie de l’homme envers les femmes, source du mal…

 

Un peu d’histoire : remarquons tout de suite que le pécher originel est imputé à Eve qui entraîne Adam dans les affres de l’enfer ! Jeanne d’Arc bouscule l’ordre masculin, malgré son jeune âge, et malgré ses victoires pour installer le roi et bouter les Anglais. Les franchouillards du moment la livrent auxdits anglais. Les disciples de la perfide Albion vont la juger et la brûler : cela arrange tout le monde. Que dire d’une Olympe de GOUGES, entachée de plusieurs crimes aux yeux de nos machos révolutionnaires : une femme érudite, écrivaine, elle rédige les Droits de la femme et de la citoyenne et commet un crime de lèse-majesté en critiquant la politique de Robespierre. Résultats pour la pauvre Olympe : elle est guillotinée, une deuxième mort quand elle passe dans les oubliettes de l’histoire. Sainte Thérèse d’Avila (religieuse du XVIème siècle) sera excommuniée quelques semaines pour avoir lu la Bible, fait des commentaires théologiques. Elle réorganisera son couvent en refusant qu’il  devienne l’antichambre du mariage pour les jeunes novices ! Elle sera sans cesse persécutée pour contrarier l’ordre établi par les hommes. Et tant d’autres femmes légendaires, qui dans l’histoire furent bousculées, voire persécutées par des hommes, toujours trop jaloux de leur prérogatives.

 

 

Une liste non exhaustive de personnalités féminines marquantes…

 

Un siècle s'est écoulé après l'instauration du suffrage universel masculin en 1848. Les femmes deviennent alors en France « électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes ». Le 29 avril 1945, ces françaises exercent ce droit pour la première fois dans le cadre des élections municipales. Ainsi, dans la foulée, parmi les 33 premières femmes élues « députées » à partir de 1945, citons en guise d’hommage : Marie-Madeleine DIENESCH, Rachel LEMPEREUR et Marie-Claude VAILLANT-COUTURIER. A partir de 1965, Arlette LAGUILLER ouvre une nouvelle voie pour les femmes : c’est la première femme qui se présente aux élections présidentielles et détient le record du nombre de participations, soit sept au total tout avant de céder sa place à Nathalie ARTHAUD. Citons aussi ces femmes qui ont osé affronter le suffrage universel pour des présidentielles : Christiane TAUBIRA, Huguette BOUCHARDEAU, Christine BOUTIN, Marie-France GARAUD, Dominique VOYNET, Marie-Georges BUFFET, Anne HIDALGO, Valérie PECRESSE et Marine LE PEN. Saluons leur courage même si leurs scores restent anecdotiques sauf pour la dernière nommée.

 

 

Les hommes auraient-ils réellement peur du féminisme ?

 

Plusieurs femmes ont été investies par de grands partis politiques, et pourtant rien ne change pour l’instant. Mise à part la France, seuls les régimes parlementaires donnent aux femmes l’accès au pouvoir suprême. C’est le cas de l’Allemagne et des pays nordiques. Les régimes présidentiels barrent aux femmes l’accès à la présidence. Nous sommes bien sûr dans le cadre d’un inconscient collectif si cher à Young !

C’est le cas de la France, la Russie et les Etats-Unis. Chez ces derniers,  souvenons-nous d’Hilary CLINTON, pourtant donnée favorite dans les sondages et battue par un homme. La vie politique est codifiée par le langage guerrier masculin. On parle de combat, de guerre, de rivalité, de stratégie, de cible,… 2022 aura battu en soi tous les records en matière du nombre de femmes qui se sont présentées ou ont voulu se présenter à la présidentielle.  Etre une femme fut un argument de campagne pour Valérie PECRESSE. De là à en déduire son faible résultat ? Pas uniquement.

Il faut ajouter le nombre impressionnant de trahisons et d’abandons des membres de son parti ! Aucune solidarité, du règlement de compte, du machisme et des critiques internes qui ont été rendues publiques ! Mission impossible, avec la bénédiction d’un Nicolas SARKOZY plus avide de pouvoir pour demain et craignant sans doute ses prochains procès. Pour Marine LE PEN, nous restons dans cette mouvance similaire qui, au-delà de son programme et de son nom, et le fait d’être une femme permet aussi aux hommes de régler leurs comptes en cherchant à lui nuire ! Quant à la solidarité féminine, on peut se poser la question : les femmes représentent 52,3 % des électeurs. On peut déjà isoler les femmes, qui par leur culture s’excluent de la vie politique, ne vont pas voter ou votent comme leur mari. Si nous restons sur le terrain psychologique, le sentiment de rivalité et de jalousie peut être prégnant entre les femmes. De plus, le féminisme fait encore peur aux hommes !

Si une femme s’engage et n’adopte pas les codes masculins, la façon de faire de la politique est souvent totalement différente : plus consensuelle, plus horizontale dans le style de management, plus collaborative et inclusive… Naître femme nécessite de se battre et de faire sa place. On apprend aux femmes à s’occuper des autres. Le fait d’être une femme conditionne son existence et donne un rapport au monde différent. Cela débouche donc sur un leadership différent, plus à l’écoute…

Tout n’est donc pas forcément perdu pour le futur : Louis ARAGON l’a écrit et Jean Ferrat l’a chanté : « La femme est l’avenir de l’homme ». Alors patience…

 

Jean-Paul ALLOU

 

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