La stratégie demeure la clé de voûte dans l’exercice de tout pouvoir mais attention encore faut-il savoir l’appliquer…

 « Manquerait-on de stratégie en France en matière de vision politique et pragmatique tant dans les institutions que dans les entreprises ? Pour que celle-ci soit efficace dans ses applicatifs, il faut aussi s’en remettre aux expériences du passé pour mieux anticiper l’avenir…et posséder toujours un coup d’avance comme aux échecs ! ». « Manquerait-on de stratégie en France en matière de vision politique et pragmatique tant dans les institutions que dans les entreprises ? Pour que celle-ci soit efficace dans ses applicatifs, il faut aussi s’en remettre aux expériences du passé pour mieux anticiper l’avenir…et posséder toujours un coup d’avance comme aux échecs ! ». Crédit Photo : Michal JARMOLUCK/PIXABAY.

Pour le général Charles de Gaulle, « la petite Europe », celle du marché commun, ne pouvait être que le point de départ de la construction d’une cathédrale. La stratégie, c’était de regrouper tous les états de l’ancien continent. C’était de faire l’Europe de « l’Atlantique à l’Oural » et non le contraire, le sens historique des invasions !

TRIBUNE : Traumatisé par l'épisode de la Fronde (1648-1653) qui a vu la noblesse française s'insurger contre la monarchie, Louis XIV a toujours voulu garder sous contrôle, les aristocrates qui l'entouraient.

La stratégie du Roi Soleil était de limiter les complots, en étourdissant de fêtes celles et ceux qui pouvaient les fomenter. Il fallait éviter les conflits entre les différents seigneurs et affirmer sans cesse la grandeur et la magnificence du roi auprès de tous. Et même auprès des autres royaumes. C’est à cause de tout cela que le souverain construira le château de Versailles : la stratégie illustre une belle réussite.

Talleyrand est l’archétype d’une stratégie hors du commun pour les uns, démoniaque pour les autres. Les observateurs le constateront lors de la négociation du congrès de Vienne qui se déroule de septembre 1814 à juin 1815. Ministre des relations extérieures de Louis XVIII, Talleyrand doit négocier l’addition de la conséquence des guerres napoléoniennes avec tous les pays de la coalition : 216 états dont deux empereurs et le fameux Metternich !

Au départ de sa longue carrière, « le diable boiteux » (surnom de Talleyrand, allusion à son pied bot) manœuvrera avec succès auprès, de rois, d’un empereur et des révolutionnaires.

En préparation du congrès de Vienne, Talleyrand déclare : « Sire, j’ai plus besoin d’un cuisinier que de diplomates ». Ensuite, la France c’est avant tout le prestige : il se fait nommer « prince » au milieu de cet aréopage de rois, de ducs et autres empereurs… Il démarre le congrès par une séduction gastronomique et enchaîne avec une séduction plus sournoise en présentant sa « nièce » (une courtisane, sa maîtresse d’espionne).

Cette dernière écumait toutes les alcôves possibles : objectif, semer le trouble et les discordes auprès de tous les protagonistes. Elle faisait monter les enchères en laissant croire que les uns exigeaient, sous le manteau, des sommes discrètement versées, aux autres des répartitions de territoires aussi farfelues que fantaisistes…

Au final, une belle réussite pour Talleyrand, donc la France, bien au-delà de la vocation d’un traité final qui s’imposera sans signatures définitives : éviter la guerre entre les belligérants et un nouveau découpage des pays aux fins de contribuer à l’émergence d’un sentiment européen !

 

La stratégie est-elle toujours de mise en politique ?

 

Aujourd’hui, des conflits d'intérêts ou d'aspirations surgissent à tout moment car les objectifs recherchés par certains suscitent chez d'autres des réactions conflictuelles.

Des organisations ou des états s'affrontent, élaborent des stratégies, mobilisent des ressources, forment des alliances… Dans ce perpétuel processus d'action et de réaction s'engagent des négociations, se déroulent des confrontations que ponctuent succès, défaites ou triomphes.

Agir c’est avant tout penser l’action. La réaction semble souvent irréfléchie et fondée sur l’émotion. Le terme « stratégie » est très courant dans le langage usuel et professionnel. Tellement courant qu'on tend parfois à le confondre avec d'autres termes, exprimant approximativement la même idée mais se distinguant par le sens profond, par exemple tactique, plan, démarche...

 

 

La stratégie est définie comme la science ou l'art de l'action humaine finalisée, volontaire et difficile. Finalisée, c'est-à-dire tendu vers des buts identifiés avec précision, volontaire, dans la mesure où la volonté de l'unité agissante représente une condition fondamentale pour la réalisation de l'objectif. Il est difficile, c'est-à-dire que cette réalisation demande des efforts conséquents pour surmonter les obstacles assez élevés. Dans son sens absolu, la politique est l'art de gouverner la cité dans le but d'atteindre ce que l'on considère comme la fin suprême de la société. La politique est aussi définie comme la mise en œuvre de moyens pour réaliser certains objectifs déterminés dans un domaine précis. Le monde politique est le lieu même de la lutte pour la conquête et l'exercice du pouvoir. Cependant, peut-on se demander si en politique la stratégie est- elle toujours de mise ?

 

La politique de la santé conditionnée par les réductions de coûts…

 

La stratégie de nos dirigeants est conditionnée par le pouvoir croissant des financiers en se limitant au « court terme » : le cours de la monnaie au « jour le jour » (l’indice EONIA), le cours du Brent ou celui de l’or…

La stratégie politique est basée sur la conflictualité : la lutte pour le pouvoir et pour le garder est au centre de la vie démocratique, dixit Machiavel. La politique devient le lieu des divisions et des conflits. Les dirigeants du monde économique et politique semblent plus concernés par leur égo que par l’intérêt commun ! Les dirigeants de tout bord veulent imposer leurs stratégies : on devrait dire des décisions réactionnelles, par les manipulations d’une dialectique orchestrée par les conseillers en communication !

Le problème de leur méconnaissance de l’histoire leur fait commettre des erreurs et des bévues dramatiques pour le citoyen !

La crise sanitaire est exemplaire à plus d’un titre. Depuis de nombreuses années, la seule stratégie au niveau de la santé et de l’écologie n’est conditionnée que par les économies budgétaires et les réductions de coûts. Aucune véritable stratégie ni d’écoute des experts et des praticiens de tous ces domaines.

De mois en mois, nous ne faisons que réagir aux nouvelles conditions d’évolution du virus. Pire encore, on ouvre lâchement le parapluie ! Les politiques nous déclarent que le Conseil scientifique ordonne le confinement ! Toujours plus fort : une Convention Citoyenne, réunissant 150 personnes, fait des propositions pour le climat. Lesdites propositions deviennent des ordres pour le locataire de l’Elysée !

Les personnes représentatives de lobbys de gauche et d’écologistes pour certains, du pays pour les autres, furent paraît-il tirées au sort. Cohn-Bendit faisait partie des joyeux  gagnants du tirage mais c’est heureusement retiré !

A qui fera-t-on croire au hasard ? La convention n’ayant aucune légitimité, à quoi servent les représentants de la nation, élus démocratiquement ? Allons-nous vers la fin de notre démocratie ? Quelle stratégie pour le devenir de l’homme, dans son environnement sociétal, économique, climatique…

Priorité au groupe ou à l’individu ? Egoïsme ou fraternité ? Madame, Monsieur les dirigeants, oublier l’Histoire c’est méconnaître l’histoire des révolutions et se désintéresser de l’histoire des Français !

Nous sommes indisciplinés, certes, mais c’est aussi cela qui fait naître la résistance et gagner les guerres…

« Si quelqu’un vous traite d’amateur, rappelez-lui que ce sont des amateurs qui ont construit l’Arche de Noé et des professionnels qui ont fait le Titanic. La suite on la connaît, croyez en vous… » Morgan Freeman.

Avis aux amateurs !

Jean-Paul ALLOU

 

Articles

Bannière droite accueil