Notre-Dame de Paris : l’œcuménisme avant les divisions ?

Les effets vertueux d’une catastrophe, si tant est qu’il y en ait au plan éthique, sont de procurer de fragiles instants de pause au lendemain de sinistres événements. Fussent-ils si tragiques, voire inacceptables à nos esprits, ils occasionnent toujours de fugaces moments où nos âmes et consciences se libèrent et sont propres à de grandes réconciliations pseudo fraternelles. On dirait alors que le temps est suspendu à d’infimes petites choses.

Le dramatique incendie de Notre-Dame de Paris, flamboyant édifice de l’art gothique dans toute sa splendeur architecturale, ne déroge pas à cette règle. A l’unisson, Françaises et Français ont vécu avec compassion, stupeur et tristesse la rapide agonie de la toiture de ce joyau unique de notre patrimoine. De minute en minute, jusque tard dans la nuit de ce mardi 16 avril, le peuple de France s’est muré dans le silence absolu afin de suivre le déroulement des opérations de sauvetage de ce grand bateau à la dérive.

Il n’en aura fallu pas de beaucoup pour que l’ensemble de la construction moyenâgeuse ne s’écroule en amas de pierres et de gravas sur l’île Saint-Louis, ravagé par les flammes. Le travail des cinq cents sapeurs-pompiers mobilisés, ceux de la fameuse Brigade de Paris qui étaient renforcés par la présence tout aussi courageuse des soldats du feu de l’Ile de France, aura été judicieux dans ses aspirations tactiques. Si ce n’est déterminant pour la préservation globale de l’édifice.

Au péril de leur existence, même si ces femmes et ces hommes ont choisi d’embrasser la carrière, leurs actes de bravoure, suivis et relayés par des centaines de caméras dans le monde entier, n’auront été que gestes de prouesse, de solidarité, de respect, d’altruisme et d’humilité. Bref, l’archétype parfait du sapeur-pompier en exercice qui possède en son for intérieur ce code déontologique et cette foi,  justifiant à eux seuls son engagement.

Gloire à eux pour tant de maîtrise dans la sécurisation du site ! Les honneurs, leur ont été rendus légitimement par la présidence de la République, le ministère de l’Intérieur, la Ville de Paris et au final par la Nation toute entière.

Comment imaginer que, dans d’autres contextes, plus pernicieux et face à des situations à la dangerosité tout autant exacerbée, ces valeureux « combattants » de l’extrême (l’incendie qui a ravagé la charpente de la cathédrale universelle était particulièrement difficile à circonscrire) peuvent être pris à partie, violentés, recevoir de la caillasse, être insultés, voire être battus ! Honte à celles et ceux qui prennent les représentants de ce corps d’élite du courage et de l’abnégation pour des cibles un trop facile qui doivent expier !

Il était essentiel que la France leur accorde un hommage digne de cette appellation. Cela s’est déroulé sur le parvis de l’hôtel de ville de Paris. Sous les applaudissements nourris des Parisiennes et des Parisiens qui se souviendront longtemps de ce jour mémorable.

C’est vrai, le temps s’est suspendu depuis quelques jours. Dégageant une sensation étrange d’intemporalité irréelle alors que de lourds nuages ne cessent de s’amonceler et de flotter au-dessus de nos têtes.  

Première conséquence de ce « faits divers » qui n’avait rien de banal : le président de la République Emmanuel MACRON a fait abstraction de son allocution télévisée. Celle, attendue par des millions de nos concitoyens qui n’en connaîtront pas tout de suite l’épilogue. Même si quelques informations, plus ou moins crédibles, ont déjà fuité de cet entretien enregistré au préalable.

Retraités, chômeurs, actifs, étudiants, rentiers, ruraux, urbains devront faire montre de patience pour en découvrir la substantifique moelle. Sans doute dès la semaine prochaine. Car, c’est promis, Emmanuel MACRON donnera les grandes lignes directionnelles inhérentes au long intermède des grands débats nationaux après le week-end pascal.

Comme un seul homme, et de manière respectueuse peut-on le signaler, tous les ténors des partis de l’opposition ont choisi de faire de même. Et d’intégrer ce processus de communion dans leur conduite à tenir. Un exercice œcuménique qui confine à la perfection tant les joutes ordinaires et habituelles émanant de la frange politique ne cessent de s’immiscer dans notre quotidien.

Seconde conséquence : la campagne des européennes s’est donc figée de manière inaltérable ces jours-ci. On ne parle plus de programme ni de scrutin. Les majors de l’information audiovisuelle se sont rabattus sur les sujets de préoccupation de l’instant : la reconstruction de Notre-Dame de Paris.

Derrière l’élan généreux et solidaire qui n’aura pas tardé à se mettre en branle (plus d’un milliard d’euros figurant déjà comme promesses de dons à l’issue des premières vingt-quatre heures) – et c’est tant mieux pour la restauration de ce monument patrimonial vénéré sur toute la planète, les premiers signes ostensibles de division sont réapparus. Notamment sur la pertinence et la sincérité de ces dons, au vue de la valeur de leurs montants.

Les riches de ce pays ne chercheraient-ils pas à faire encore du profit sur le dos d’une œuvre caritative en pratiquant la défiscalisation à outrance ? Voilà ce que l’on a pu entendre et lire de-ci de-là, au détour de messages diffusés abondamment sur les réseaux sociaux ou via les médias.

Qu’est-ce que l’on aurait dit si les puissants de la planète n’avaient pas lever le petit doigt pour soutenir le vaste mouvement de solidarité en faveur de la sauvegarde de notre patrimoine ?

Décidément, l’homme demeure l’homme dans son comportement et sa bêtise ! Le temps de l’œcuménisme et de l’entente parfaite s’éloigne, vive le retour des divisions de tout poil !       

Thierry BRET

    

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