Emploi : les Français cherchent-ils encore à travailler ?

Le travail, c’est la santé. Rien faire, c’est la conserver ! Tout le monde connaît le célèbre refrain, interprété au beau milieu des années 60, par l’inénarrable Henri SALVADOR. Lui-même, ardent défenseur du farniente et de la partie de pétanque à n’en plus finir, a pu adopter cette pratique du courage qui s’enfuit à ses moments perdus.

Pourtant, cette petite phrase d’inspiration anodine s’est muée en une sorte de philosophie silencieuse dans l’esprit de bon nombre de nos concitoyens au fil des années. L’allongement des congés payés et l’apparition des R.T.T. n’ont fait qu’accentuer cette lente dérive des actifs vers la paresse intellectuelle et physique pour une très large majorité de nos compatriotes, ayant les yeux rivés sur la pendule de leur bureau ou de leur atelier.

Certains, celles et ceux qui ont le plus d’appétence dans ce genre d’exercice, ne rêvent qu’à une seule et unique chose dès leur retour de vacances : poser officiellement les prochaines ! Afin de se préparer au niveau du mental ; en décomptant le nombre de jours qui les séparent de ces instants libératoires en oubliant l’ignoble corvée quotidienne qui se nomme le travail !

Aujourd’hui, et après ces circonvolutions humoristiques qui ont permis de glisser avec subtilité ce sujet, la problématique est tout autre. Bien qu’elle soit indirectement complémentaire. Celles et ceux qui doivent s’insérer dans la vie active par le biais d’un emploi, même clairement identifié, hésitent, voire renâclent sérieusement avant de franchir le Rubicon, menant à l’emploi.

Paradoxe étrange que celui-là ! Jamais, le nombre de projets d’embauches des entreprises de l’Hexagone n’a été aussi important. C’est-à-dire qu’il se situe sur une échelle de 15 % au niveau de ses potentialités. Cependant, la plupart de ces sociétés éprouvent des difficultés pis que pendre pour trouver la chaussure idéale à leur pied.

Un vrai cauchemar pour la direction des ressources humaines de ces structures entrepreneuriales qui ne supportent plus de vivre ce syndrome de Cendrillon à longueur de temps. Celui de trouver la personne idoine qui pourra glisser son peton dans la chaussure en question et honorer enfin un job !

Il vaut mieux en rire qu’en pleurer, tellement il est complexe à l’heure actuelle de dégoter l’oiseau rare au débotté, de l’intégrer au sein d’une équipe, de l’intéresser au projet professionnel pour lequel il est salarié et surtout de le conserver durablement.

On pensait, il y a peu encore, que seuls les représentants de ces nouvelles castes qui se reconnaissent en tant qu’adeptes idéologiques des générations X, Y, Z ou AA + (la suite alphabétique est loin d’être exhaustive…) fonctionnaient sur ce type de modèle ; mais, que nenni, il n’en est rien !

Quadras et quinquas n’ont rien à envier à la jeune relève qui s’affirme dans l’effort enthousiaste du labeur. Malheureusement, les seniors (selon les codes officiels et statistiques de l’INSEE, nous le sommes tous dès le cap des 45 printemps avérés) ne sont pas épargnés par cette crise existentielle que notre pays traverse vis-à-vis de l’intérêt que nous éprouvons pour la valeur travail.

Comment expliquer alors, avec objectivité et sérieux, qu’une entreprise sur deux en France n’arrive pas à trouver un futur collaborateur ? Au risque, de leur faire perdre des marchés qu’elles avaient préalablement signés !  

Ce n’est pas un problème d’activité économique puisque les offres de production existent bel et bien : 57 % des entreprises de l’Hexagone qui désirent étoffer leurs effectifs à court terme ne peuvent résoudre ce problème cornélien même en l’anticipant, faute de combattants.

C’est donc bel et bien vers la demande que le bât blesse. Inconcevable, alors que le taux de chômage demeure toujours très haut en France, s’élevant à plus de 8, 8 % (janvier 2019). Si on analyse de manière sectorielle les filières qui sont les plus pourvoyeuses en emplois, on y trouve le bâtiment (26 %) et l’industrie (20 %).  Auxquels, on peut ajouter les métiers de services aux entreprises (20 %).

La filière des transports en France recherche plus de 50 000 chauffeurs. Celle des services à la personne n’arrive pas à mobiliser les demandeurs d’emploi alors que le volume de postes augmente. Le monde de l’automobile veut encore croire au miracle en espérant pourvoir des postes de carrossiers au cours de l’année.

Parmi les causes de cet anachronisme décalé, citons pêle-mêle, la pénurie de candidats (79 %), le profil inadéquat des demandeurs d’emploi (76 %), les conditions de travail qui induisent de fait la pénibilité, la faiblesse de la rémunération, les horaires parfois tendus…

Mais, il y a d’autres explications qui ne manquent pas de sel. L’absence de motivation pour le monde du travail est l’un de ses exemples concrets, souvent collectés à l’issue d’un entretien d’embauche.

On peut saupoudrer le tout avec l’impossibilité d’avoir des relations professionnelles avec autrui (insociabilité), le refus de travailler chaque jour (du lundi au vendredi), l’éloignement parental, le déficit d’image du métier, si ce n’est pas de l’entreprise, la mobilité même sur une courte distance, les problèmes familiaux et existentiels des individus, etc.

Bref, un patchwork de réponses qui ne convainc plus personne. Y compris les recruteurs qui, s’en arrachent les cheveux !

L’hédonisme et l’exotisme : c’est sans doute cela dont le monde peu vertueux de l’entreprise aurait besoin. Il devrait s’en inspirer en y injectant une bonne dose de rêves dans ses offres à pourvoir ! Même, cette notion subjective fait figure désormais de ringardise dans l’emploi. La preuve : l’Yonne a eu la chance, il y a quelques jours, d’être retenu par la DRH du Club Med pour une séance de recrutement exceptionnelle, animée avec le concours de Pôle Emploi.

Près de deux cents candidats avaient été invités en amont à se présenter pour y découvrir la centaine d’offres proposées par le spécialiste des vacances détente aux quatre coins du globe. Une quarantaine de personnes ont cru bon assister à la séance explicative qui n’avait de valeur que l’information reçue. Avant qu’une petite dizaine, seulement, de ces demandeurs d’emploi daignent rester jusqu’au terme de la session pour y vivre un entretien individuel. Fructueux in fine pour neuf d’entre elles…

Un état de fait qui ne peut que laisser songeur, en vérité, quand on regarde attentivement les chiffres du chômage dans notre pays…

Thierry BRET

  

  

      

Bannière droite accueil
Bannière footer