Entre Rome et Paris, c’est le divorce à l’italienne…

Celles et ceux qui sont âgés de moins de vingt ans ne peuvent pas connaître cette délicieuse réalisation cinématographique qui illumine à jamais la mémoire du  septième art. Mettant en scène l’inénarrable Marcello MASTROIANNI, « Divorce à l’italienne » reste une satire acide et ironique de la société de l’époque où le divorce était encore chose illégale en Italie. Cette comédie de mœurs, devenue culte depuis sa première diffusion en 1961, serait-elle en train de se rejouer à l’échelon contemporain et de manière politique entre la France et notre bouillant voisin transalpin depuis quelques jours ?

Toujours est-il que le cinéaste Pietro GEMMI, s’il était encore de ce monde, n’aurait eu aucune peine à s’imprégner de cette bataille de chiffonnier qui secoue l’Europe pour en faire un remake. Ou à défaut une suite légitime. Quoique là, a contrario du long métrage originel, la comédie vire à la farce lourde et absurde aux conséquences improbables.

Entre tartuferie et « commedia dell’arte », la crise sérieuse et irresponsable qui occupe les esprits des deux gouvernances en cette fin de semaine, de part et d’autre des Alpes, frise le summum du ridicule. Digne d’un vaudeville à la Feydeau, le décor se pose entre ces protagonistes que sont ces deux Etats limitrophes qui n’ont jamais connu une telle poussée de fièvre depuis…soixante-dix ans.

Les adorateurs de cette période épique et trouble-il y en a eu manifestement beaucoup à cette époque, jetaient de l’huile sur le feu de cet incendie à la louche. Mais, le contexte était somme toute ô combien différent. Les envolées lyriques et belliqueuses de Mussolini portaient Rome et ses légions de chemises brunes sur un piédestal aux relents fascisants. On connaît la suite de ce triste sire et ce qu’il en advint de l’Italie fasciste.

Fort heureusement, de l’eau est passée avec abondance sous les ponts. Français et Italiens ont su pactiser, voire fraternisé depuis dans bon nombre de domaines, qu’ils soient politiques, éducatifs, artistiques, sportifs ou économiques.

Même si, parfois au détour de grandes compétitions internationales footballistiques, des coups de tête impromptus de la part de certains joueurs tricolores énervés (et non des moindres, n’est-ce pas Zizou !) eurent tôt fait de remettre le feu aux poudres entre ces peuples au tempérament latin !

Mais, voilà : comme l’écrivait si bien le poète et cinéaste Jean COCTEAU, « la vie est un éternel recommencement ». Bref, une nouvelle allégorie au cinéma qui nous ramène donc in petto à ce « divorce à l’italienne » version 2019 qui se présente à nous !

Avec en toile de fond, une interrogation inéluctable, liée au démarrage de cette crise : pourquoi le vice-Premier ministre Luigi Di MAIO était-il présent la semaine dernière aux côtés d’une délégation de « Gilets jaunes » ? Les faits se déroulaient à Montargis dans le Loiret.

Le chef de file du M5S (le Mouvement cinq étoiles), parti de l’ultra gauche très isolé dans son propre pays, est en quête de partenaires idéologiques à l’échelle du continent. Or, suivant les évènements sociétaux de l’Hexagone à la loupe depuis le 17 novembre, le politicien italien y a vu là une excellente aubaine de pouvoir enfin concrétiser son rêve : procéder à des alliances intereuropéennes à quelques mois de l’échéance électorale. Jusque-là, il n’y a pas mort d’homme quand on est à la tête d’un mouvement politique. Tout ceci semblait d’une logique absolue. D’autant que le leader italien avait déjà fait de même lors de la précédente législature avec le parti britannique UKIP de Nigel FARAGE.

Oui mais voilà. Là où le bât blesse, semble-t-il dans ce dossier, c’est que le déplacement du vice-Premier ministre transalpin sur le sol français s’est réalisé sans l’once d’une cérémonie protocolaire digne de ce nom. Une tradition séculaire dont nous sommes friands à bien des égards dans les sphères du pouvoir.

Bien sûr, les tensions diplomatiques qui exacerbent les relations actuelles entre la France et l’Italie puisent leurs origines dans d’autres fondements. Sociétaux, d’une part, avec la gestion des flux migratoires aux frontières des deux pays et le malaise latent qui se vit en permanence entre les forces de l’ordre.

Politiques, surtout, depuis le dernier scrutin où la désignation par les urnes de la coalition gouvernementale, d’un côté, et l’avènement d’Emmanuel MACRON, en face, n’ont pas eu vocation de plaire.

L’image de la France s’est proprement détériorée chez nos voisins. Un terme revient en boucle pour qualifier notre attitude à l’échelle continentale : l’arrogance. Tiens, tiens, cela ne vous rappelle rien ?

Mais que les fervents supporters du président MACRON se rassurent. Cette « arrogance » qui nous rend si impopulaire dans bon nombre de pays membres de l’Union n’est pas apparue avec le sacre du leader charismatique de La République en Marche.

Déjà au temps du général de GAULLE, le poids du capital historique, culturel et économique que nous incarnions pesait lourdement dans la balance de nos relations intracontinentales.

Ce divorce avortera-t-il en laissant la place à la réconciliation ? Pour l’heure, Paris a rappelé son ambassadeur qui exerce ses fonctions de bons offices à Rome. Une première dans les relations bilatérales entre ces deux nations. Et un geste hautement symbolique, qui a déjà eu pour conséquence de provoquer l’ire des partis de l’opposition.

Depuis Rome, Mattéo SALVINI a fait savoir qu’il « convoquerait » le ministre de l’Intérieur Christophe CASTANER dès cette semaine pour tenter une sortie de crise. Mais, l’intéressé n’a pas eu l’heur d’apprécier l’impérieuse « invitation » du chef de gouvernement italien.

Entre ces deux pays, les joutes verbales et de posture ne font donc que commencer. Au grand dam des acteurs économiques qui tirent déjà la sonnette d’alarme. Logique, la France est le second partenaire commercial de l’Italie. Le pays qui enregistre la plus faible croissance en Europe cette année, ne peut donc pas s’autoriser le moindre écart…et doit préserver à tout prix ses intérêts.

Thierry BRET

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