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L’adieu à « Nanard », cet « anar » de l’entrepreneuriat !

« Unique par sa verve et son style, inimitable par son sens inné des affaires, Bernard TAPIE restera le symbole de cette France de l’entrepreneuriat qui a aura su imposer sa griffe dans le monde impitoyable du business. Dans l’Hexagone comme à l’international… ». « Unique par sa verve et son style, inimitable par son sens inné des affaires, Bernard TAPIE restera le symbole de cette France de l’entrepreneuriat qui a aura su imposer sa griffe dans le monde impitoyable du business. Dans l’Hexagone comme à l’international… ». Crédit Photos : D.R.

L’homme ne laissait pas indifférent. On l’aimait. On le détestait. C’était selon ses appétences. Certains l’enviaient. D’autres le jalousaient. Une chose est sûre : le personnage était unique dans son genre. Un style de fonceur et d’acrobate très agile, bien à part dans le microcosme des people qui font (et défont) le monde. En  particulier, ceux de l’économie et du pouvoir.

Avec sa gouaille imitable (les « Guignols de l’info », ses mimiques, ses colères, ses envolées lyriques sur les plateaux de télévision, ses coups de gueule. Mais, aussi ses moments de joie et ses larges rires. Son émotivité, aussi, et sa pudeur touchante lors de précieuses victoires sur le sort qui s’est finalement acharné sur ce Français d’origine modeste ayant tout conquis dans son existence au seul nom de la réussite. A force de pugnacité, diront les uns. Par voies de roublardises, renchériront les autres !

Pourtant, depuis son départ définitif vers d’autres cieux, l’unanimité s’est faite évidence. Dans ce paysage sociétal de la France du XXIème siècle à la ramasse, Bernard TAPIE nous manquera.

Parce qu’il incarnait le succès absolu, obtenu parfois à la limite de la bande blanche qui, comme il se plaisait à dire « peut-être tutoyée ou franchie de temps à autre » ; parce que tout ce qu’il touchait avait l’apparence, croyait-on alors, de l’alchimie, transformant n’importe quelle matière en or pur. Au moins pour un temps. Avant que parfois on ne découvre le véritable miroir aux alouettes…

 

 

Un « dieu » adulé dans la cité phocéenne…

 

La ferveur des Marseillais n’est pas feinte ni usurpée, cependant. Dans la cité phocéenne où il repose désormais, l’ancien patron d’ADIDAS, de La Vie Claire, de WONDER, et autres structures, est considéré comme un dieu.

Etonnant pour une ville dont la réputation est souvent des plus sulfureuses en matière de repères liés à la réussite et à l’establishment. Surtout eu égard à un Parisien pur jus, l’ennemi héréditaire et juré !

Certes, il y a eu le football. Et cet Olympique de Marseille (celui de Didier DESCHAMPS et de Basile BOLI) qui demeure à date l’unique club de l’Hexagone à avoir brandi un jour la coupe d’Europe aux grandes oreilles. La coupe d’Europe des clubs champions.

Mais, comme un revers à la médaille, il y a eu aussi son corollaire négatif avec la truculente affaire des matchs truqués, notamment cette fameuse rencontre face à Valenciennes qui ressembla à une pantalonnade à la Pagnol, digne de la trilogie marseillaise où Marius, Fanny et César auraient pu jouer les premiers rôles ! Quel talent de comédien, ce Bernard !

Beaucoup lui en ont voulu quand il s’est lancé dans la politique. Qui ne se souvient pas de ses joutes verbales pantagruéliques face à l’ogre Jean-Marie LE PEN que personne n’osait défier face caméra sur un plateau de télévision ?

Entier, enfonceur de portes ouvertes, cabot, impertinent, ayant toujours le dernier mot, Bernard TAPIE sera très vite happé par la machine élyséenne incarnée à l’époque par un autre spécialiste de la filouterie aguerrie aux chausse-trappes de la politique : François MITTERRAND.

Et face à ce « Dieu » tout puissant auréolé par la presse satirique du « Bébète Show » de Stéphane COLLARO qui en fera ses choux gras, il ne résistera pas !

 

 

Un modèle suivi par des générations d’entrepreneurs aujourd’hui orphelins…

 

Le polymorphe Bernard TAPIE qui fut chanteur à ses débuts avec un « y » dans le patronyme afin de le rendre plus anglais grâce à la prononciation, va multiplier les expériences et atteindre son paroxysme en devenant ministre. En partant de rien, le voilà sous les ors de l’Etat, arrivé à tout ! Sans jamais avoir eu à fréquenter l’ENA ou polytechnique !

On imagine aisément la tête de tous ces surdoués en col blanc et des accumulateurs de diplômes ! Un véritable camouflet dont ils auront du mal à digérer et qu’il leur faudra tout naturellement lavé, comme un affront sans fin.

La suite, pitoyable et synonyme de descente aux enfers, empruntant le chemin de la case prison sans avoir à toucher les 20 000 euros du Monopoly marquera le début de la fin. Par petits coups successifs. De plaintes en plaintes, de procès en procès, de déchéance en désillusion.

Certains de ses amis (les vrais qu’il devait compter sur les doigts de la main) ont exprimé leur colère après ce flux d’hommages, parfois tapageurs et hypocrites de la part de certains.

« On en voulait à Bernard TAPIE parce qu’il était fort, parce qu’il réussissait ce qu’il entreprenait, parce qu’il était courageux dans ses multiples combats (dont le dernier en date entamé il y a quatre ans contre la maladie), parce qu’il était volontaire et aimait prendre des risques… ».

Le parfait profil d’un self-made man qui aurait voulu être un artiste, en somme ! Un artiste, Bernard TAPIE, l’a été dans le business. Et même un modèle tel un chevalier blanc dans ce monde impitoyable de l’entrepreneuriat.

Ce monde que celles et ceux qui ne sont pas à leur compte ne peuvent pas connaître. Que celles et ceux qui n’effectuent pas leur soixante-dix heures a minima par semaine ne comprendront que couic. Que celles et ceux qui ne passent pas des nuits blanches en se demandant de quoi sera fait le lendemain, faute de contrats et de commandes, n’osent imaginer. La vraie vie imposée par le monde du travail, en somme !

Alors, oui, Bernard TAPIE était à bien des égards une « grande gueule » et gênait certains aux entournures par sa réussite flirtant souvent avec l’insolence. Mais, il possédait l’âme d’un guerrier, d’un patron, d’un novateur, d’un visionnaire, d’un gagneur qui aura su placer la France de l’économie et de l’entrepreneuriat sur le devant de la scène internationale.

Un pur autodidacte se hissant vers les sommets de la réussite en faisant rêver des générations de suiveurs. En vrai « anarchiste » des codes établis. Mais pour un résultat, au final, à la hauteur de son talent ! Qui pourra le remplacer ? Personne, c’’est une certitude…

Thierry BRET