Le Centre 15 préservé à Auxerre : sursis électoraliste ?

 « Le Premier ministre Jean CASTEX s’engage à réexaminer la décision de transférer le centre 15 du SAMU d’Auxerre à Dijon. Ce que conteste aujourd’hui plus de 4 300 élus répartis dans 330 communes de l’Yonne. Consensuels, ces derniers proposent la mutualisation entre le 15 et le 18. Mais, la suspension de la décision est-elle tangible de la part du chef du gouvernement ou une simple promesse de campagne ? ». « Le Premier ministre Jean CASTEX s’engage à réexaminer la décision de transférer le centre 15 du SAMU d’Auxerre à Dijon. Ce que conteste aujourd’hui plus de 4 300 élus répartis dans 330 communes de l’Yonne. Consensuels, ces derniers proposent la mutualisation entre le 15 et le 18. Mais, la suspension de la décision est-elle tangible de la part du chef du gouvernement ou une simple promesse de campagne ? ». Crédit Photos : Thierry BRET et D.R.

C’est un premier pas. Mais, rien à voir avec le bond astronomique à la Neil ARMSTRONG effectué sur la surface poussiéreuse de la Lune en juillet 1969. Néanmoins, c’est un geste. Une main tendue aux élus territoriaux de l’Yonne afin de les rassurer en leur proposant de réexaminer une décision qui semblait jusque-là inique, à plus d’un titre. Inique dans ses motivations ? Sans doute. Cynique, très certainement !

Elle en aura fait couler beaucoup de cette encre indélébile la surprenante préconisation de l’Agence régionale de Santé qui à l’époque, cela se déroulait en 2018, avait sorti tout droit de son chapeau une suggestion pour le moins incroyable. LA décision de supprimer tout de go le centre 15 du SAMU d’Auxerre afin de mieux le transférer vers la capitale de la Bourgogne Franche-Comté : Dijon !

Rien que cela. Un point capital pour l’avenir sanitaire des Icaunaises et des Icaunais qui représentait une simple ligne anodine du plan régional de santé, élaboré par l’ARS.

Autant dire que les réactions dans le landerneau furent à la hauteur de la décision. Véhémentes et furieuses !

Surtout de la part des élus locaux, toutes obédiences confondues, alors confrontés (ils le sont encore plus aujourd’hui après dix-huit mois de gestion de crise COVID) avec les problématiques inhérentes à la désertification médicale. Le mal du siècle qui ronge le monde de la ruralité…

Comment expliquer que le territoire le plus proche géographiquement de la grande Couronne et de la capitale de l’Hexagone soit aussi peu représenté en matière d’offres thérapeutiques ?!

Où sont donc passés les allergologues, les rhumatologues, les ophtalmologues, les chirurgiens-dentistes, les généralistes (il en manquerait près d’une quarantaine sur ce seul territoire selon les sources officielles), et autres spécialistes en tout genre ayant prêté le serment d’Hippocrate ? Sans oublier les infirmières/ infirmiers ou autres aides-soignants que peinent à trouver les maisons médicalisées de la place ?

 

 

L’Yonne : le département le moins bien pourvu en présence médicale de la région…

 

L’une d’entre elles, sur la localité d’APPOIGNY, procède à l’heure actuelle à son agrandissement. Une extension qui facilitera l’accueil de nouveaux résidents ce qui engendrera l’embauche indispensable d’une quinzaine de personnels soignants supplémentaires. Positif pour l’emploi, certes, et ses retombées économiques sur le bassin.

Or, sérieux dilemme, la direction de l’établissement ne trouve pas de postulants à ces fonctions. Malgré la présence physique d’une école formant des infirmières et aides-soignants à Auxerre ! Le paradoxe de l’absurdité ?

Pourquoi, à ce jour, n’est-on pas capable de préparer le volume de professionnels adéquat devant alimenter les réseaux des structures médicalisées de notre département ?

Pourtant, le constat est criant de vérité. Il fait très mal aux consciences : l’Yonne se classe à la huitième place des départements de Bourgogne Franche-Comté en termes de présence praticienne !

Un zéro pointé incompréhensible alors que nous vivons à moins de deux heures de Paris et de son flux de Franciliens cherchant villégiature dans notre joli territoire aux multiples richesses.

Depuis trois ans, et la connaissance de cette proposition indigeste de transférer le centre 15 vers Dijon, ce ne sont que désapprobations et mécontentements de la part des élus de notre territoire. Sans parler de la population qui se plaint de la rareté et de la lenteur des rendez-vous à plusieurs mois pour une simple consultation !

Les parlementaires sont donc montés au créneau. En premier lieu, le député de la première circonscription Guillaume LARRIVE. Il ne s’est pas privé de tacler l’ineptie d’une telle initiative, y compris face aux représentants de l’Etat et de l’ARS.

D’autres ont suivi. Le président du Conseil départemental Patrick GENDRAUD (le domaine de la santé intègre les attributions de l’organisme), le député André VILLIERS, la sénatrice Dominique VERIEN, le numéro trois de la Région BFC Nicolas SORET, le président de l’Agglo de l’Auxerrois Crescent MARAULT…Un vrai consensus politique !

 

 

Mutualiser les blancs et les rouges : la volonté de 4 300 élus !

 

Qu’ils soient de gauche, du centre, de droite ou d’ailleurs, tous les élus ont tiré dans le même sens, démontrant une réelle unité à défendre les intérêts de leurs administrés. Une bataille faite de protestations multiples au sommet de l’appareil étatique qui a été menée au nom de la volonté territoriale et du consensus. Une alliance qui a pris corps en quelque sorte de manière tripartite entre le Département, les Communautés de communes et les municipalités.

Ce vent de fronde a aussi obtenu le soutien du président du SDIS 89, le Service départemental d’incendie et de secours, Christophe BONNEFOND. Lui-même élu départemental et concerné au premier degré par le projet de transfert.

Mieux, une action commune s’est propagée aux quatre coins du territoire icaunais. A date, 330 municipalités ont rejoint le mouvement en faveur du maintien du service tant décrié à Auxerre. Soit le poids de 4 300 élus !

De mieux en mieux, cette rébellion contre une décision émanant d’un organe officiel de l’Etat (alors que la préfecture de l’Yonne a toujours été consciente de l’improbabilité de ce choix) accouchera sur un projet consensuel consistant à préserver le centre 15 du SAMU et de le mutualiser avec le centre 18 des sapeurs-pompiers.

Avant qu’il ne vienne dans l’Yonne, Guillaume LARRIVE s’est entretenu avec le Premier ministre Jean CASTEX. Le sollicitant d’agir et d’annoncer enfin une décision apportant un éclairage tangible sur cet interminable dossier. Voire, pourquoi pas, de missionner les élus de l’Yonne afin de préparer ce rapprochement légitime entre le 15 et le 18.

A l’issue de sa visite sur notre territoire, le chef du gouvernement a donc décidé de suspendre la solution de l’Agence régionale de Santé. Désavouant ainsi au passage l’organisme ! Il s’est engagé, personnellement, à réétudier le dossier.

Certes, cela ne signifie nullement que le projet de mutualisation des centres 15 et 18 à Auxerre est en ordre de marche. Mais, grâce à ce petit pas effectué par le Premier ministre, cela laisse peut-être augurer que les Icaunaises et les Icaunais n’y perdront peut-être pas au change en matière de prestations sanitaires d’urgence.

A moins que ce sursis accordé par le porte-étendard de l’Elysée ne soit que de courte durée et annonciateur de promesses faites dans le cadre de la campagne des présidentielles. Autant dire, si tel était le cas, ce serait sans réel lendemain au niveau de son efficacité et purement électoraliste…

 

Thierry BRET

 

 

 

 

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