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L’adieu à BELMONDO : l’ultime cascade de « l’As des As »

 « A 88 ans, « le Magnifique » nous a quittés et laisse la France pétrie de souvenirs nostalgiques vécus devant le grand écran en deuil. Jean-Paul BELMONDO, « As des As » du box-office, obtient désormais son César de l’immortalité… ». « A 88 ans, « le Magnifique » nous a quittés et laisse la France pétrie de souvenirs nostalgiques vécus devant le grand écran en deuil. Jean-Paul BELMONDO, « As des As » du box-office, obtient désormais son César de l’immortalité… ». Crédit Photos : D.R.

La tristesse, profonde. La nostalgie, aussi. Avec son lot de souvenirs impérissables qui remontent à la surface. Ca saigne et cela fait mal à l’intérieur. C’est toujours la même chose quand une icône de la sphère artistique et culturelle nous quitte et nous laisse seul avec notre désarroi. Quelle est donc dure cette chienne de vie !

Pour beaucoup, Jean-Paul BELMONDO, c’était une époque glorieuse où le cinéma faisait converger petits et grands le samedi soir ou le dimanche après-midi lors de séances familiales épiques que l’on partageait avec plaisir.

Entre bâtons de glace à sucer et pop-corn craquants à se mettre sous la dent. L’ouvreuse déambulait avec son lourd chargement de confiseries pendant l’entracte alors que les parents régalaient leurs gosses de bonbons  acidulés et autres gâteries chocolatées…Une vision totalement révolue aujourd’hui (sic) !

Toute une génération a vécu cela. Toute une autre regrette peut-être de ne jamais l’avoir connu.

Pendant que nous autres, enfants et adultes à l’unisson, dégustions ces purs moments de délice faisant oublier les affres de la première crise économique (celle des années 70 où les Français avaient beau avoir des idées, ils n’avaient toujours pas de pétrole in fine qu’ils payaient très cher à la pompe !), lui, cet « Incorrigible Guignolo » nous embarquait avec volupté sur la toile dans ses aventures faites de rires, de frissons, d’intrigues, de mystères, et surtout d’aisance. Entre le charme et la séduction. La grande classe et le talent.

 

 

Des acrobaties techniques réalisées sans doublure…

 

Comédien polymorphe aux multiples casquettes, Jean-Paul BELMONDO pouvait incarner ce clown facétieux à la gouaille franchouillarde (« L’Alpagueur ») comme devenir ce redresseur de tort, dur et implacable, mettant ses menaces à exécution pour nettoyer les scories de ces milieux obscurs, croisés sur son chemin dans « Le Professionnel ». Entre affaires d’état, clin d’œil à peine voilé à la France-Afrique et autres rivalités politiques dans les alcôves…

Qui d’entre nous n’a jamais rêver un jour d’effectuer l’une de ces pirouettes acrobatiques, subtiles techniquement, accroché à un hélicoptère ou en courant sur le toit d’une rame de métro, lancée à fond sur les rails traversant la capitale (« Peur sur la ville ») ?

Quelle audace, ce Bébel ! Aucune de ses brillantes cascades n’étaient doublées. Epaulées pour les exécuter par une autre référence du Septième art : j’ai nommé Rémy JULIENNE que certains parmi nous ont eu le privilège de côtoyer de près lors de ses nombreux déplacements dans l’Yonne.

Réunis là-haut tous les deux, ils n’ont pas fini de faire trembler le paradis avec leurs péripéties gymniques et sautillantes sans filet !

 

 

« L’Homme de Rio » : des aventures rocambolesques entre Tintin et Bob Morane…

 

Mais, pour les puristes lecteurs des « Cahiers du Cinéma », BELMONDO c’était aussi une autre époque où les films se tournaient encore en noir et blanc (« Un singe en hiver » ou « Week-end à Zuydcoote »). Dans la veine de cette Nouvelle Vague chère à Jean-Luc GODARD ou à François TRUFFAUT.

Des films « à la papa » avec des dialogues ciselés à la petite cuiller à faire travailler les zygomatiques devant l’insouciance de l’époque. Celle des trente glorieuses. Où le pouvoir d’achat progressait à la vitesse de l’éclair. Où la France, heureuse, se souciait comme d’une guigne de pseudos problèmes de sécurité qui n’existaient pas. A cette époque, il n’y avait pas d’allégeance à de quelconques références religieuses, incitatives à la haine et à la barbarie.

Celles et ceux qui voulaient se conter fleurette pouvaient le faire sur les « bancs publics » loin des regards indiscrets. Tandis que d’autres s’imaginaient être de dignes émules de « L’Homme de Rio », où le personnage de ce long métrage mythique qui irradiera de son exotisme, sa fougue et de sa superbe le milieu des années 60, vivait des aventures rocambolesques au Brésil, à mi-chemin entre « Tintin » et « Bob Morane », du regretté Henri VERNES, disparu également cet été.  

 

Apprendre à vivre sans lui….

 

Au fond, on possède tous en nous une part de ce Jean-Paul BELMONDO désinvolte et grand seigneur. Qui durant soixante-dix années de professionnalisme et de quatre-vingts films nous a accompagné sur notre chemin. Comme un ami de longue date qui nous donnait rendez-vous régulièrement, à chaque première.

Et l’on se prend à rêver de ce que aurait pu être la continuité de sa brillante carrière cinématographique et théâtrale où le personnage excellait (« Kean », « Cyrano ») si ce maudit incident de parcours, cet AVC qui le diminuera considérablement, ne l’avait pas frappé à l’âge de 68 ans.

A l’instar de ces vieux lions qui ne veulent rien lâcher, le « Magnifique » serait sans doute resté au sommet de son art et de son talent. Il nous aurait gratifiés de sa gestuelle et de ses mimiques habituelles, de ce phrasé si caractéristique qui était le sien, dans de longs monologues ou de grandes tirades à pouffer de rires.

Il faut voir et revoir « Joyeuses Pâques » ou « L’Animal » pour savoir de quoi l’on parle véritablement. Il faut se plonger sans retenu dans cette œuvre presque autobiographique, « Itinéraire d’un enfant gâté », pour mieux cerner l’homme.

Qu’il soit associé à Jean GABIN, Lino VENTURA et son alter ego de toujours, avec qui il tournera finalement que très peu de films (« Borsalino »), Alain DELON, pour comprendre que la France vient de perdre l’un de ses derniers grands ambassadeurs culturels. Un monstre sacré de notre patrimoine artistique qui s’évanouit à jamais et rejoint le paradis blanc des noms qui constellent le ciel : RAIMU, André BOURVIL, Louis de FUNES, FERNANDEL, Bernard BLIER, Claude BRASSEUR, Annie GIRARDOT, Jeanne MOREAU, et tant d’autres.

Alors, oui, l’hommage solennel rendu par la France à l’un des siens (il était chevalier de l’Ordre de la Légion d’honneur) ne supposait aucune équivoque possible. Alors oui, que le public, son public, puisse lui dire un dernier au-revoir dans la cour des Invalides jusque tard dans la nuit était le bienvenu.

En manque de repères existentiels depuis trop longtemps, l’Hexagone est obligé de vénérer ses honorables « vieilles branches » pour retrouver ce consensus le temps d’une commémoration et du souvenir. Parce que nous en avons besoin. Parce que celles et ceux qui nous quittent le mérite bien.

Sobre mais empreint de sincérité, l’allocution d’Emmanuel MACRON a retranscris ce qui caractérisait Jean-Paul BELMONDO. Personnage cocardier et cocasse que nous avons tous eu la chance de connaître dans notre existence de son vivant.

Désormais, il faudra apprendre à faire sans lui. Et c’est là que le plus dur commence…Salut l’artiste !

 

Thierry BRET