Réouverture : un ersatz de liberté frisant avec l’absurde ?

« Le programme de sortie de crise sanitaire se poursuit cette semaine avec l’acte 2 du plan gouvernemental applicable dans l’Hexagone dès le 19 mai. Un déploiement de mesures qui porte aussi le sceau de l’incongruité dans certains domaines à l’instar des discothèques, des stations de sports d’hiver ou des parcs d’attraction… ». « Le programme de sortie de crise sanitaire se poursuit cette semaine avec l’acte 2 du plan gouvernemental applicable dans l’Hexagone dès le 19 mai. Un déploiement de mesures qui porte aussi le sceau de l’incongruité dans certains domaines à l’instar des discothèques, des stations de sports d’hiver ou des parcs d’attraction… ». Crédit Photos : SSLO THURIA et Malachi WILS/ PIXABAY.

La France possède toujours ce chic, fait d’un particularisme cocardier si troublant, de vouloir se distinguer de ses partenaires européens lorsqu’il s’agit de prendre des initiatives concrètes envers sa population.

Et en matière de sortie de crise, celles, imaginées dans les antichambres de Matignon où s’affairent comme chacun le sait les grands commis de l’Etat, flirtent, pour certaines d’entre elles, avec le ridicule dans leurs applications, pour ne pas dire plus !

Mais, qu’à cela ne tienne pour le premier de leur plus ardent VRP, le Premier ministre Jean CASTEX en personne, car le ridicule ne tue pas !

Dès le 19 mai, rendez-vous déjà biffé de longue date dans bon nombre d’agendas de nos concitoyens, l’Hexagone va retrouver les plaisirs d’une liberté, certes en demi-teinte, mais un peu retrouvée.

Une nouvelle qui a été accueillie avec impatience et empathie par des Françaises et des Français qui n’en peuvent plus de subir depuis plus d’un an les aléas sans fin de cette interminable crise sanitaire. Alors, c’est sûr : sur ce point-là, ne boudons pas notre plaisir de profiter des « largesses » du gouvernement !

Là où les choses portent à sourire, voire à s’esclaffer d’un rire gras et tonitruant, c’est quand on examine à la loupe et dans le détail la liste de ce catalogue de préconisations ubuesques dont le deuxième acte entrera en application ce mercredi 19 mai.

Ce dispositif d’allègements de mesures restrictives laisse quelque peu pantois celles et ceux de nos compatriotes qui ont soif de recouvrer tous les avantages matériels et intellectuels de leur vie d’avant.

 

De la neige espérée en été et des parcs d’attraction sans manèges !

 

Si le couvre-feu suit la courbe ascendante des journées qui se rallongent (il passera de 19 h à 21 h, puis de 21 h à 23 h), que dire à titre d’exemple totalement farfelu de la réouverture totale des remontées mécaniques au 30 juin, terme de ce programme de déconfinement en quatre étapes distinctes, avec une jauge placée à 100 % de leur capacité d’accueil ?

On imagine aisément les professionnels des stations de sports d’hiver se frotter les mains en anticipant sur leur futur prévisionnel de chiffre d’affaires à réaliser à cette période de l’année qui se nomme…l’été !

Autant dire que dans les Alpes et les Pyrénées, tout comme dans le Massif Central, les Vosges et le Jura, les responsables des stations de ski jubilent rien qu’à l’idée d’accueillir des cohortes de skieurs qui dévaleront les pistes de poudreuse ! A défaut des skieurs, il resterait les adeptes du VTT et de la randonnée pédestre à gravir les pentes.

Il n’y a plus qu’à espérer pour cette filière économique en profonde déconvenue que les dépressions se succèdent aux dépressions durant juillet et août, renvoyant l’anticyclone des Açores vers son archipel d’où il n’aurait jamais dû s’éloigner et que tombe la neige le 14 juillet (remarquez, cela s’est déjà vu même sur les hauteurs du Puy-de-Dôme) et le 15 août, pour sauver la saison…Or, les prévisions caniculaires de Météo France pour la période ne corroborent pas cet enthousiasme relatif.

Plus drôle encore : la réouverture des parcs d’attraction dès le 19 mai (jusque-là tout va bien !) mais sans lesdites attractions et autres manèges pour enfants qui attirent des visiteurs en manque cruel de plaisirs festifs. « C’est énorme ! » pourrait commenter Laurent GERRA imitant le cabotin Fabrice LUCCHINI au meilleur de sa forme !

Alors, là, dans ce registre du comique de situation, il fallait y penser. Quel est l’intérêt pour les familles et leur progéniture en proie aux larmes  et à la crise de nerf (on l’imagine ainsi) de se promener dans un parc d’attraction vidé de sa substantifique moelle existentielle : c’est-à-dire les manèges ! 

 

 

Les clubs libertins coiffent sur le fil les discothèques toujours exclues…

 

Bien sûr, il restera les parcs zoologiques en plein air ou certains espaces de type aquarium – rassurez-vous les poissons se mouvant dans leur bulle aquatique ne risqueront pas de transmettre le virus -  qui offriront la possibilité à jauge réduite de recevoir des visiteurs. Mais, ces derniers n’auront pas le droit de se restaurer sur place. Espérons qu’ils puissent tout de même fréquenter les sanitaires, considérés comme un endroit hermétique. Sinon, prostatiques s’abstenir !

Du côté des cérémonies nuptiales où des milliers de couples attendent de convoler en justes noces depuis un an, la décrue des mesures sanitaires sera loin d’être amorcée durant ce laps de temps.     

C’est même l’UPSE (Union des professionnels solidaires de l’évènementiel) qui est monté au créneau pour pointer du doigt l’incongruité de ce plan à  multiples rustines. Non seulement, il sera nécessaire de respecter lors des cérémonies religieuses et civiles un emplacement sur trois et en quinconce entre chaque rangée ; mais en outre, avant le mois de juillet, l’impératif sera de se conformer au sacro-saint couvre-feu à 21 heures, puis à 23 heures.

Autant dire que le repas de noces devra être servi fissa, avalé en quatrième vitesse à la limite du plus que tiède. Quant à la soirée dansante, elle sera expédiée aux calendes grecques ! Il restera toujours la nuit de noces pour aiguiser ses appétits !

Reste enfin le sort funeste des discothèques, les grands exclus de tous les projets de sortie de crise de l’état d’urgence. Il s’avère que les clubs libertins à l’instar  des musées, des commerces, des théâtres et des cinémas seront autorisés à rouvrir leurs portes dès le 19 mai. Mais, uniquement ceux dont la partie restauration est servie en extérieur. A contrario des night-clubs qui continuent de purger leur peine de ce bannissement festif savamment entretenu.

Une décision incompréhensible qui a fait éclater de rire l’Assemblée nationale et railler certains députés de l’opposition contre cette idée saugrenue. Ce qui a engendré plusieurs réactions dont celle de l’inénarrable Jean LASSALLE sur les pratiques libre-échangistes de certains de ses collègues (!) et du Républicain, élu de la Manche, Philippe GOSSELIN qui a lâché la formule suivante à conserver dans tous les bêtisiers politiques : « on sait bien que dans ces clubs, on pratique tous les gestes barrières : c’est même pour ça qu’on y va ! »…

 

Thierry BRET

 

Articles

Bannière droite accueil