Etudiants : la génération perdue sur l’autel du sacrifice…

Les faits sont là : aujourd’hui, un psychologue est à l’écoute de trente mille étudiants universitaires en France. Le chiffre, aberrant de consternation par son rapport de force, explique à lui seul le profond malaise dans lequel est englué depuis des lustres le système pédagogique de l’enseignement supérieur dans ce pays.

Autant dire, qu’il représente une insignifiante bouteille jetée à la mer qui dérive imperceptible, ballotée au gré des courants sur les immensités aquatiques sans fond pour celles et ceux de ces étudiants qui éprouveraient un quelconque vague à l’âme !

Cette présence qualifiée de bienveillante par le gouvernement n’est autre que la traduction de l’écoute psychologique établie dans un contexte sanitaire sain. C’est-à-dire en temps normal !

Ce qui est loin d’être le cas depuis bientôt douze mois dans l’Hexagone. Du fait de la circulation virulente du coronavirus où le monde estudiantin a revu totalement sa copie dans son mode de fonctionnement.

Privés de cours en présentiel, isolés dans leurs modestes chambres de centres universitaires sans pouvoir profiter des loisirs culturels et sportifs, écartés des jobs réguliers qui leur permettaient pour une large majorité d’entre d’eux de subvenir quelque peu à leurs besoins de confort strictement spartiate et se nourrir tant bien que mal de pâtes et de pommes de terre, les étudiants apparaissent dès lors comme les grands oubliés dans la gestion de cette crise par la gouvernance.

Une génération perdue dont peu d’acteurs de la sphère étatique et institutionnelle se préoccupent en vérité à l’heure actuelle. Après tout, par rapport à d’autres, ils ont toute la vie devant eux, c’est évident !

 

La défenestration, ultime geste pour s’interroger sur le sort des étudiants ?  

 

Oui mais voilà, le tableau de cette unicité solidaire à la française où tout va très bien madame la marquise n’est pas aussi idyllique que l’on croit si l’on examine de près le sort de cette caste dite improductive de la population.

Celle qui représente pourtant l’avenir de notre société vieillissante. Celle qui doit assurer la relève de notre économie en créant de la richesse intellectuelle et productiviste. Celle qui doit financer le système de retraite par répartition sociale pour que les seniors et autres glorieux aînés profitent du mieux possible et durablement de leur existence. Celle qui doit in fine payer pour tous les autres en sus de la dette abyssale que l’on va leur laisser !

Les jeunes doivent attendre leur tour, c’est indéniable ! Et peu importe qu’ils sentent poindre la nausée aux bords des lèvres jusqu’à les perturber psychologiquement dans leur quotidien !

Mais, le hic qui ternit les consciences de notre bien-pensance actuelle, c’est le nombre de dépressions qui s’accélèrent, de situations de mal-être en forte propension, de suicides qui s’accumulent à la vitesse exponentielle chez nos jeunes apprenants.

Sur le seul campus d’une université de Lyon, ce sont en l’espace de quelques jours déjà trois de ces jeunes adultes, pas du tout armés pour affronter le réalisme cruel de la vie, qui ont choisi de se donner la mort.

La défenestration serait-elle donc devenue l’ultime réponse d’espérance que ces jeunes gens ont choisie de s’appliquer pour que l’on daigne enfin s’interroger sur le sort réel de ces malheureuses et de ces malheureux très inquiets pour leur avenir ?

 

Des mesures au compte-gouttes pour soulager les consciences…

 

Dans un numéro d’équilibriste politique dont il est coutumier et de communication savamment dosé à grand renfort de fausse compassion et de pathos, le président de la République Emmanuel MACRON a tenu à remettre les points sur les « i » cette semaine. En dialoguant dans un pôle universitaire à Saclay devant les caméras des chaînes en boucle avec une poignée d’étudiants, asservis à sa cause, et le doigt rivé sur la couture du pantalon au moindre écart de langage !

Parmi les annonces phares de cette rencontre anachronique bien orchestrée : le retour des étudiants dans leurs amphis à raison d’une journée hebdomadaire en présentiel dès que possible. Il y a aussi la possibilité de se sustenter auprès des services du CROUS à raison de deux fois par jour pour une contribution financière symbolique d’un euro. Une misère ! Trop peu d’éléments favorables et des réponses distillées au compte-gouttes !

Mais, c’est surtout le volet psychologique qui aura mérité que l’on s’intéresse de près à cet ensemble de décisions hautement stratégiques : la présence enfin autorisée d’un second psychologue au plus près du terrain pour venir en aide à celles et ceux qui douteraient encore de leur brillant avenir !

Avec l’omniprésence de ces deux professionnels de santé pour analyser les profonds besoins moraux de trente mille étudiants par pôle universitaire à travers le pays, pas de doute, on sent bien que le gouvernement a repris les choses en main pour soutenir sa brillante jeunesse à affronter avec efficience les contraintes de la pandémie !

Pas sérieux s’abstenir alors que dans le même temps, les apprentis peinent à trouver le moindre stage professionnel pour accomplir leur alternance, que les petits boulots ont intégré la case des pertes et profits, que les promesses d’embauches de ces néophytes se sont réduites à néant, que les immersions d’expérience à l’international sont désormais lettre morte, et que le souffle de la liberté, symbole fort de toute la jeunesse intègre déjà l’histoire ancienne !

Sur l’autel du sacrifice à la cause de la pérennité sociétale et sanitaire d’un système en profonde déliquescence, une chose est sûre : la jeune génération n’aura pas été épargnée par le sort…

 

Thierry BRET

 

Articles

Bannière droite accueil