Sécurité : la police ouvre-t-elle la boîte de Pandore ?

Les Français doivent-ils craindre les conséquences des actions sécuritaires inhérentes aux représentants des forces de l’ordre censés les protéger ? C’est une interrogation légitime, qui par nature, peut se poser dans toute démocratie qui se respecte.

Toutefois, elle commence à faire florès parmi les différentes strates de la population. Inquiète d’une dérive accentuée dans les faits et gestes de quelques-uns de ces fonctionnaires en charge du respect de la loi et du maintien de l’ordre public. Eu égard aux derniers éléments significatifs de l’actualité.

Alors que les parlementaires dissèquent à n’en plus finir le moindre des alinéas de la loi de sécurité globale, comprenant le très décrié article 24 plus ou moins retoqué par la gouvernance après la nomination d’une commission voulue par le Premier ministre déjà contestée par l’opposition ; voilà que coup sur coup, ironie du sort, deux faits divers pour le moins inapproprié et interrogateur illustrent la réalité profonde de cette vraie problématique sociétale.

L’expulsion manu militari de migrants, contenus jusque-là dans un camp de fortune en banlieue parisienne, où les coups de matraque et un croche-pied n’ayant rien de malencontreux auront déjà fait beaucoup de bruit dans le sérail politique, perturbe sérieusement les alcôves de la vie publique.

C’était sans compter sur le deuxième élément tout aussi troublant qui allait ouvrir la boîte de Pandore quarante-huit heures plus tard.

 

Des images d’une intervention à la Clint EASTWOOD !

 

C’est-à-dire l’agression aux relents de pur racisme (le plaignant a été traité de « sale nègre ») dont aura été victime un producteur de musique de couleur dans son local professionnel.

A première vue : les images abondamment relayées par les médias et réseaux sociaux n’en sont que trop explicites. On y voit un passage en force digne d’une première ligne de rugbymen avides de ballons ovales se projeter dans la mêlée avec zèle sur le prétendu contrevenant qui devra se soumettre et obtempérer sans renâcler. A grands coups de poings dans la face et dans les côtes, visiblement !

Sans y être invités, ces gardiens de la paix (un leurre au niveau de la sémantique si l’on dénombre les coups qui pleuvent avec vigueur et intention de faire mal sur le malheureux) ont pénétré dans un lieu professionnel en y prenant leurs aises.

Y compris celles de sortir sans aucun ménagement une poignée de musiciens qui se trouvait là par hasard et répétait tranquillement à l’étage inférieur quelques-uns de ses morceaux avant un enregistrement !

Pour couronner le tout dans ce scénario digne d’un long-métrage de Clint EASTWOOD, un quatrième policier aura cru bon de balancer un engin explosif dans le bureau, rendant la situation encore plus confuse qu’elle ne fut, afin de clore une intervention déjà douteuse et d’embarquer ces « hors-la-loi » par le sheriff et sa bande de joyeux « cow-boys » !

   

Le profond malaise de la classe politique…et des autres

 

Devant de telles images qui ont depuis fait le buzz, ce fut la douche froide dans le microcosme politique. Un avis de tempête soufflant en rafales tourbillonnantes au-dessus de la tête du ministre de l’Intérieur Gérald DARMANIN qui aura vécu une sale semaine, au passage.

Ce dernier se serait bien passé de tels évènements largement médiatisés en cette période de confinement et de restriction des libertés déjà délicate. Dont beaucoup qu’ils soient issues de la société civile ou de milieux économiques, voire politiques, contestent désormais leurs applications stricto sensu.

Même le président de la République Emmanuel MACRON se sera fendu de son commentaire en faisant part de « la honte » qu’il éprouvait devant de tels actes « odieux » ; des sentiments partagés par bon nombre de porte-paroles de la classe politique, voire sportive à l’image d’un Kylian MBAPPE ou d’un Antoine GRIEZMANN qui « a mal à sa France ».

Dans la sphère des forces de l’ordre, d’aucuns dénoncent aussi ces attitudes inqualifiables qui salissent un corps de métier pourtant apprécié de nos concitoyens. Même si l’enquête diligentée devra faire toute la lumière sur le fonds de cette affaire.

 

Ne pas jeter les forces de l’ordre avec l’eau du bain et le bébé…

 

Félicitées, encouragées, remerciées, admirées par nos compatriotes pour leur remarquable travail présentiel sur le terrain depuis la vague sanglante d’attentats qui depuis cinq ans nous ramène à la réalité du terrorisme, les forces de l’ordre ne doivent pas être vouées aux gémonies pour autant.

Il ne faut donc pas jeter l’eau du bain avec le bébé après de tels dérapages qui traduisent un comportement excessif de la part de quelques huluberlus qui se sont trompés de carrière. Leurs actes ne sont pas comparables au véritable professionnalisme de la grande majorité de ces femmes et de ces hommes dévoués.     

Sans ambages, le ministre de l’Intérieur a déjà parlé de révocation à l’encontre des quatre fonctionnaires incriminés. Comme dans toutes filières professionnelles et tous métiers qui existent, seule la quintessence du savoir-faire et son application vertueuse doivent avoir grâce à nos yeux.

En ouvrant involontairement la boîte de Pandore sur ce que l’on attend réellement des forces de l’ordre, ces quatre policiers n’incitent qu’à une seule chose : que le ménage soit fait de manière très significative de la part de la gouvernance en épurant les brebis galeuses d’un système corporatiste qui doit nous protéger…

Thierry BRET

 

Articles

Bannière droite accueil