L’imbroglio américain : des états « désunis » ingouvernables ?

Le pays de l’Oncle Sam éprouvera-t-il des difficultés à s’en remettre ? Il est fort probable qu’à l’issue du scrutin de cette quarante-sixième présidentielle hors normes le fossé ne se creuse un peu plus entre Américains déjà très divisés.

C’est la première leçon à retenir de cette échéance électorale qui demeurera dans les annales de la première démocratie du monde. Insultes, invectives, tensions, recours juridiques, désinvolture des uns contre le mépris des autres, manifestations populaires… : tous les ingrédients de ce « soap opéra » à la sauce hollywoodienne de série B n’auront guère épargné les observateurs de la planète, rivés depuis quatre jours et quatre nuits sur les décomptes de ces fameux bulletins de vote, distillés au compte-goutte.

Etrange mode électoral que celui qui régente la vie politique de cette nation, première puissance mondiale !

Par comparaison avec nos us et coutumes institutionnels, c’est un peu le mix plutôt tarabiscoté entre le scrutin présidentiel au suffrage universel et la désignation de grands électeurs qui doivent envoyer ensuite au Palais du Luxembourg les sénateurs.

Il y a quatre ans, malgré un vote populaire qui lui revenait très favorablement avec plusieurs millions de voix positives d’écart, la candidate démocrate Hillary CLINTON avait été renvoyée chez elle, sans passer par la case départ, échouant de peu à l’accessit de la Maison Blanche.

La barre fatidique des 270 grands électeurs avait été dépassée par le républicain Donald TRUMP qui s’installait à la surprise générale dans le fauteuil du bureau ovale à Washington. Une victoire dont l’ampleur avait même déstabilisé le milliardaire, avait-on dit à l’époque. Et affoler les cours de la bourse !

Quatre ans plus tard, la configuration des évènements ne ressemble plus vraiment à ce que l’on a connu en 2016. Même si des prédicateurs visiblement mal informés prévoyaient une véritable déferlante de voix démocrates pour bouter l’incorrigible président hors des murs.

Toutefois, force est de constater que de déferlante il n’y a pas eu ! Ni même de vague « bleue », la couleur du parti qui a choisi l’âne comme emblématique symbole.

 

La ruse de l’âne contre la puissance de l’éléphant…

 

L’âne contre l’éléphant. Il faut remonter au 10 juillet 1896 pour retrouver l’origine de cette caricature qui prête aujourd’hui à sourire mais qui devait symboliser par la suite l’un des deux partis en présence : les démocrates. On la doit à…un républicain ! Le caricaturiste Thomas NAST illustra la convention démocrate de cette année-là en représentant ce parti sous la forme humoristique de cet animal.

Une caricature dont s’approprièrent avec humour les démocrates et qui devint finalement leur « cheval de bataille » dans toutes les campagnes de communication à venir ! Comme quoi, les caricatures peuvent aussi avoir des aspects non-divergents sur la société.

Le second enseignement de cette élection à rallonge au niveau du suspense concerne le candidat TRUMP lui-même. Celles et ceux qui avaient douté de ses capacités à mobiliser le pays derrière ses idées même les plus « clivantes » doivent aujourd’hui s’en mordre les doigts.

Il suffit de regarder la carte politique des Etats-Unis pour comprendre que le sud et la majeure partie des états du Midwest arborent la couleur rouge républicaine. Les territoires acquis à la cause des démocrates se situent sur les deux côtes du pays et une large partie septentrionale.

Bref, une cartographie illustrant les deux fronts idéologiques qui s’opposent et met l’accent sur les disparités quotidiennes existantes entre les métropoles industrielles, plus populaires et métissées, et les zones rurales profondes, orientées vers le protectionnisme à l’état brut.

 

La danse du scalp contre le nouveau président élu…

 

Certes, la victoire de Joe BIDEN si elle a été reconnue par les grands médias qui font l’opinion ne l’est absolument pas par le camp adverse.

Plus de mille avocats entrent désormais dans cette danse du scalp pour avoir la peau du président élu. Depuis l’un de ses golfs où il se sera réfugié à l’annonce des résultats qui lui sont apparus de moins en moins favorables, Donald TRUMP tente une nouvelle estocade. La dernière avant de sortir de la piste ?

Mobilisant la sphère du juridique, d’une énorme influence dans le pays des libertés et de la réussite. Plusieurs états dont la Pennsylvanie, le Wisconsin, le Michigan ou l’Arizona font l’objet de recours. Il faudra y recompter le moindre des bulletins et en valider les résultats. Un processus long et fastidieux.

Alors que le candidat démocrate a recueilli 71 millions de voix en sa faveur émanant du peuple et qu’il a dépassé le nombre de grands électeurs requis. La bataille ne fait donc que commencer.

Même si elle est vaine in fine car il faudra bien prouver que des fraudes ont été sciemment exercées, elle aura pour conséquence d’exacerber les passions, de plomber le moral des citoyens déjà soumis à la présence maligne du coronavirus et d’agrandir ce fossé abyssal qui sépare ces deux Amériques loin d’être réconciliées.

Les Etats-Unis semblent plus désunis que jamais à l’aune de cette nouvelle période favorable à la « sécession »…

Thierry BRET

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