Commerce : un délit d’équité déloyal pour être hors-la-loi ?

D’abord, il y a l’incompréhension. Puis, vient la colère. Et enfin, la réaction. Elle se traduit avec ce mouvement de contestation qui telle une fronde gagne à vitesse exponentielle les quatre coins de l’Hexagone.

Qu’il s’agisse de Colmar, du Puy-en-Velay, d’Yssingeaux, de Marseille, de Paris, de Brive-la-Gaillarde, de Yerres ou encore de Migennes. Pour ne citer que ces communes remontées comme un coucou suisse…

L’Etat doit se rendre à l’évidence devant l’amoncellement de pétitions et d’arrêtés municipaux signés par des maires qui, révulsés, demandent réparation immédiate face à cette criante injustice depuis quarante-huit heures. Il faut impérativement bouger la ligne de conduite. Et, très vite !

Pourquoi le décret gouvernemental daté du 29 octobre et validé par le Premier ministre, précisant les mesures sanitaires à suivre dans l’Hexagone durant les quatre prochaines semaines de confinement, ne prend-il pas en compte le devenir réel de ces petits commerces qualifiés de « non-essentiels » dans la balance ?

Par quel coup du sort inexplicable ou de baguette magique plutôt biscornue cette décision inéquitable à moult égards pour le commerce indépendant qui fait le jeu indéniable de la GMS et des plateformes numériques a-t-elle été entérinée en haut lieu ?

Y aurait-il moins de risque à attraper le coronavirus en fréquentant les galeries marchandes et les travées des grandes surfaces bondées de monde aux heures de pointes un samedi après-midi ?

Certes, non ! Même si dans l’absolu, les acteurs de la grande distribution doivent respecter un périmètre de quatre mètres carrés pour accueillir leur clientèle et indiquer par un processus signalétique la bonne déambulation à suivre à l’intérieur d’un magasin, il est évident que les caddies qui servent à amonceler le trop plein parfois inutile de courses ne sont pas désinfectés à chaque rotation, d’un consommateur à l’autre.

Quant aux gestes barrières, même s’ils sont respectés en partie dans ces espaces de vente soumis à très peu de contrôle, que dire en revanche de toutes ces attitudes inappropriées et irréfléchies des acheteurs eux-mêmes qui touchent, comparent, palpent et soupèsent les fruits et légumes avant de les replacer dans leur rayonnage s’ils ne les achètent pas !

Une vraie régalade pour la COVID-19 qui circulera ainsi avec autant plus d’aisance sous couvert d’autorisation d’ouverture du site !

Il semble qu’en matière de gestion des flux de personnes, des invitations à une extrême prudence et de la surveillance optimale assurée par le commerçant en chair et en os, le gérant d’une petite boutique soit en mesure d’apporter toutes les garanties nécessaires aux consommateurs. Qu’il soit cordonnier, vendeur de vêtements, parfumeur, coiffeur ou libraire.

 

Un choix arbitraire entre les livres et la moquette…

 

Alors que le contexte économique, entaché depuis trois ans de crises multiples et variées à répétition (Gilets jaunes, terrorisme, première vague de l’épidémie…) a déjà condamné bon nombre de ces petits commerces à mettre la clé sous le paillasson du dépôt de bilan, le gouvernement enfonce le clou en décrétant un plan d’action totalement arbitraire et injustifié.

Non pas au niveau du retour au confinement qui n’émeut d’ailleurs plus personne tant les évidences sanitaires, chiffres à l’appui se rappellent à notre bon souvenir, mais sur ce pur domaine de  l’équité et de la justice pour tous !

Comment peut-on classifier telle ou telle filière commerçante de « non-essentielle » surtout quand on propose sur le marché des produits de grande nécessité que sont des vêtements, des livres, des services de coiffure ?

Comment peut-on justifier qu’une grande enseigne nationale qui vante les mérites de ses moquettes ou de ses revêtements muraux soit considérée comme une boutique essentielle à la survie de l’espèce humaine en tant de crise sanitaire ?

 

La CPME évoque l’idée d’un recours en justice pour casser le décret

 

Le ministre de l’Economie et des Finances Bruno LE MAIRE, un peu gêné aux entournures sur ce dossier, clame depuis par médias interposés que « le gouvernement dit comprendre les difficultés des commerçants et compatit… ». Mais, rien à l’heure actuelle, n’est venu modifier d’un iota la ligne stratégique de ce plan de maintien de la vie économique à géométrie variable. 

Après les élus, c’est au tour des chambres consulaires et aux syndicats patronaux de s’inviter dans ce bal contestataire. Le dernier en date n’est autre que la CPME, la Confédération des Petites et Moyennes Entreprises. L’organisme se mobilise contre une décision qu’il qualifie « de profondément injuste, aboutissant à une distorsion de concurrence inadmissible ».

Le message est sans équivoque : « Nous militons activement pour que le gouvernement revienne sur cette décision et autorise, à tout le moins, la réouverture locale des commerces de proximité, quels qu’ils soient, sur décision préfectorale… ».

A ce stade, un amendement a été adopté en ce sens et à l’unanimité par le Sénat. La commission mixte paritaire doit maintenant se prononcer. Les parlementaires sont contactés pour qu’ils entendent le bien-fondé de la démarche.

Si cette action devait échouer, la CPME se rapprocherait des maires pour les inciter à prendre des arrêtés municipaux autorisant la réouverture des commerces. Une démarche qui placerait les commerçants et les élus dans l’inconfortable position de hors-la-loi pour essayer de survivre ! 

L’idée d’un recours juridique national contre le décret circule même dans les alcôves de la CPME avec toutes les fédérations professionnelles qui le souhaiteraient. Tandis qu’une pétition en ligne circule déjà sur la toile.

Pour l’heure, le gouvernement a simplement exigé que les grandes surfaces ferment les rayons non-alimentaires à leur clientèle. Afin de restreindre ce délit d’équité qui faisait le jeu de la concurrence déloyale.

Une décision pour le moins surprenante et insuffisante qui ne résoudra pas le problème et mécontentera toutes les parties prenantes de ce dossier, y compris les clients. Ils auront tout le loisir de se retourner uniquement vers les plateformes numériques qui rigolent sous cape de ce bien mauvais tour joué aux commerces de proximité…

Thierry BRET

     

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