Couvre-feu : une stratégie des petits pas vouée à l’échec ?

Quarante-six millions de Français vivent depuis quelques jours avec une nouvelle épée de Damoclès au-dessus de la tête. Leur lieu de résidence intègre l’un des cinquante-quatre départements, soumis par décision gouvernementale au couvre-feu. Un terme de sinistre mémoire qui rappelle les heures sombres de la République lorsqu’elle subissait alors le joug répréhensif de l’occupant nazi.

Bien sûr, rien n’est comparable aujourd’hui avec les conséquences morbides de cette crise sanitaire sans précédent qui s’est abattue sur notre monde fait de modernisme et de liberté. A l’heure où tournent dans la stratosphère des milliers de satellites permettant de nous connecter entre nous à la seconde près et où règne l’impérialisme intrusif des réseaux sociaux sur notre quotidien, l’humain est revenu quasiment à l’âge de pierre pour tenter de résoudre une équation à plusieurs inconnues dont il n’a pas le code d’accès : le coronavirus COVID-19 !

Instaurer le couvre-feu pour enrayer la propagation d’une infection virale est-il raisonnablement la bonne solution pour s’en prémunir ? Les exégètes des problématiques sanitaires s’interrogent quant à la pertinence de ladite mesure. A commencer par les scientifiques eux-mêmes qui ne cessent de marteler en boucle depuis le mois de mai que seul un confinement partiel, voire total, serait la moins mauvaise des préconisations pour espérer ralentir l’inarrêtable.

Mais, trop d’avis circulent désormais dans la sphère publique pour que le commun des mortels y comprenne encore quelque chose.

 

Des after work en après-midi pour contourner le problème…

 

Une chose semble très claire à date. L’instauration de ce couvre-feu sur une période de six semaines va nécessairement s’étendre à l’ensemble de l’Hexagone. A dose homéopathique, le Premier ministre Jean CASTEX et le ministre de la Santé Olivier VERAN nous font avaler à la petite cuillère une potion au goût amer qui n’a rien de magique ni de thérapeutique.

D’une part, même si une large majorité de nos compatriotes respecte les principes restrictifs de ce couvre-feu (21 heures à 6 heures du matin sans pointer le bout de son nez au dehors de son domicile), beaucoup s’en moquent encore éperdument comme de leur chemise de communiant ! Il suffit de visionner les images des grandes artères de Paris ou de Marseille diffusées par les chaînes de télévision après les 21 heures fatidiques pour voir toutes les limites de ces mesures pourtant coercitives. Ne parlons pas des axes périphériques de ces agglomérations : ils sont bondés comme aux périodes les plus chargées des heures de travail !

D’autre part, les Français n’étant jamais à court d’idées même s’ils n’ont pas de pétrole eu égard à la fameuse publicité des années 1970 (déjà une époque qui flirtait allègrement avec la crise économique), ils ne restent pas les deux pieds rivés dans le même sabot pour contourner le problème. Les soirées privées, pointées du doigt par le gouvernement se sont transférées en de joyeux « after work » concoctés à domicile. Avec des horaires qui eux respectent le principe du sacro-saint couvre-feu.

On se retrouve entre collègues ou étudiants dès 17 heures, on brave ainsi les interdits horaires dans la parfaite légalité. On consomme alcools et victuailles sans que le masque ne vienne perturber les plus gourmands. Bref, les grandes métropoles se fabriquent des circuits diurnes pour remplacer les contraintes nocturnes en bonne et due forme. Sans omettre un prolongement horaire éventuel en cas d’affinité !

 

Le couvre-feu nous conduit vers un nouveau confinement…

 

Pour autant, il sera intéressant d’analyser les premières statistiques d’ici quelques jours sur la pertinence de ce dispositif. Pour en apprécier les effets réels sur la circulation de la COVID-19. Car, du côté du moral et de l’exaspération des Français, il n’est guère besoin d’être devin en la matière pour savoir que la plupart de nos concitoyens ne savent plus à quels saints se vouer face à l’immensité du problème.

D’ici peu, l’Hexagone verra sans aucun doute de nouvelles mesures s’appliquer. Sera-ce l’allongement horaire de ce couvre-feu dès 19 heures ou pourquoi à partir de 17 heures ? Sera-ce le confinement de certaines grandes métropoles ou de départements dans leur intégralité ? Sera-ce comme on le suggère de plus en plus dans la sphère des épidémiologistes le confinement par catégorie sociale, notamment les personnes âgées de plus de 65 ans (c’est-à-dire celles et ceux qui possèdent le pouvoir d’achat dans ce pays et demeurent fidèles au principe électoral) ? Ou un confinement total comme viennent de le mettre en place l’Irlande ou le Pays de Galles ?

Nul ne possède de boules de cristal pour lire l’avenir hormis les spécialistes du genre mais qui n’ont jamais été sollicités officiellement pour donner leur avis sur la question !

Mais, cela semble désormais inéluctable à la lecture de tous les indicateurs sanitaires : du couvre-feu, la France devrait basculer très rapidement vers un nouveau confinement.

Avec tout ce que cela comporte en effets négatifs sur le quotidien de notre pays tant sur le plan sociétal qu’économique…

Sans doute aurait-il fallu repasser par cette case dès la sortie de l’été afin de gagner du temps sur l’irréversible…en l’anticipant.

Thierry BRET

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