Edouard PHILIPPE : le retour gagnant en 2022 ?

Présidentiable. C’est le qualificatif prioritaire qui est venu à l’esprit de beaucoup d’observateurs après que le Premier ministre ait quitté prestement Matignon ce vendredi après-midi. Un départ dont la mise en scène a été soigneusement préparée de longue date, en vérité.

Les rumeurs de remaniement allaient bon train depuis plusieurs mois. En toile de fond, il y avait le maintien ou non du chef du gouvernement à son poste. Partira ou ne partira pas ?

Le désaveu de la politique gouvernementale sanctionnée lors des récentes municipales du 28 juin aura eu pour conséquence de précipiter le mouvement.

Après trois années vécues dans ses habits de chef de gouvernement et une parfaite stabilité dans les sondages, le quasi inconnu Premier ministre des débuts quitte une fonction qui lui aura apportée la consécration.

Avec une cote de popularité somme toute incroyable : 57 % de nos concitoyens souhaitaient encore son maintien à Matignon au lendemain du dernier scrutin. Du jamais vu, sous la Vème République !

Populaire, reconnu pour la qualité de son travail et plébiscité par les électeurs de sa ville de prédilection, Le Havre avec 58 % de résultats positifs, ce serviteur de la France s’efface du haut du pavé étatique avec les honneurs. Par la grande porte, s’il vous plaît !

Pourtant, la partie était loin d’être gagnée d’avance pour ce fidèle d’entre les fidèles d’Alain JUPPE. Propulsé sous le feu nourri des projecteurs bien malgré lui, il lui faudra se faire un nom et un prénom au cours de trois années de besogne sous l’ère jupitérienne.

Sur un plan stratégique, il faut bien reconnaître que le pensionnaire de l’Elysée a eu du flair lorsqu’il a fallu abattre cette carte maîtresse sur la table de jeu de la gouvernance avec une telle nomination.

Non seulement, Edouard PHILIPPE ne figurait dans aucune caste connue possédant des casseroles pour non-intégrité ; d’autre part, sa désignation permit de pratiquer l’art et la manière de réaliser le parfait consensus. Tant, parmi les forces de gauche comme celles de droite de notre échiquier politique, par ailleurs.

Bref, Edouard PHILIPPE aura incarné l’homme providence pour Emmanuel MACRON qui n’a eu de cesse d’utiliser son Premier ministre à bon escient comme un joker de luxe, dans bien des dossiers qui ont parfois secoué la République.

Alors, certains peuvent s’émouvoir aujourd’hui que l’aventure prenne fin avec ce départ peut-être un peu trop rapide ou se réjouissent de voir partir l’homme à la barbe poivre et sel, il n’empêche que le tandem aura plutôt bien fonctionné durant cette première partie de quinquennat.

 

Avoir fait le job dans l’intérêt de la France…

 

Privilégiant l’écoute et le dialogue sans se départir d’une certaine fermeté, Edouard PHILIPPE a su jouer de sa finesse diplomatique et d’une empathie naturelle envers autrui pour désamorcer quelques situations fort complexes pour l’Elysée en ces périodes troubles.

Même s’il restera à jamais l’homme ayant bouleversé la donne sur les routes de France à cause de la généralisation des 80 km/h sur les nationales et départementales, même s’il a envoyé des centaines de milliers de Gilets jaunes revendiquer tous les samedis de 2019 aux abords des ronds-points, le nouveau maire du Havre représente celui par qui la gestion de la crise sanitaire sans précédent que nous ayons vécue a été menée à son terme.

Quoique peuvent en penser ses opposants politiques, le locataire de Matignon a tenu la maison France avec un réel panache à bout de bras, malgré d’inévitables erreurs optionnelles propres à la bureaucratie et à l’administration.

Fort de cela, Edouard PHILIPPE ne part pas de Paris pour rejoindre son cher département de Seine-Maritime avec l’impression d’un goût d’inachevé.

Certains diront de lui qu’il a fait le job. De la meilleure manière qui lui soit permis. D’autres retiendront ses errements parfois nébuleux sur des dossiers bien moins maîtrisés.

Il y aura toujours le pour et son contraire dans le jugement de l’œuvre accomplie !

Ainsi est le monde d’aujourd’hui qui faire redescendre de son piédestal ce qu’il a encensé la veille !

Rallié à la cause d’Emmanuel MACRON en ayant conservé ses prérogatives politiques à droite, notamment parmi Les Républicains, le maire du Havre peut désormais nourrir à 49 ans d’autres ambitions. Sans doute au niveau de l’Hexagone, même s’il est disert sur le sujet aujourd’hui. Logique, un droit de réserve lui a peut-être été recommandé du moins pour un temps pour ne pas perturber le travail de son successeur, le sarkozyste Jean CASTEX.

Indéniablement, le natif de Rouen représente pour de nombreux observateurs l’une des réelles chances de succès des Républicains à la présidentielle de 2022. S’il lui venait l’idée de candidater à cette échéance suprême.

Une hypothèse qui n’a rien de saugrenue dans la sphère politique actuelle où les partenaires d’hier peuvent devenir les opposants de demain…

Thierry BRET

   

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