Une médaille pour les soignants ? Dur d’avaler la pilule !

En visite surprise au centre hospitalier de la Pitié-Salpêtrière ce vendredi 15 mai à Paris, le président de la République Emmanuel MACRON a éprouvé quelques difficultés à faire entendre sa voix face à un personnel soignant, parfois remonté comme un coucou suisse.

Il est vrai que les derniers propos émanant du pouvoir élyséen ont eu pour effet de surprendre, voire d’irriter quelque peu aux entournures des professionnels à vif nerveusement après ces longues semaines d’intervention vécues dans le combat quotidien contre l’épidémie de coronavirus.

Fatigué, exténué, mobilisé, le personnel soignant, y compris son encadrement, attendait sans doute autre chose que l’octroi d’une simple médaille distinctive devant récompenser leur dévouement. Une incompréhension qui a fait bondir et réagir une large majorité de blouses blanches qui sont tombées de haut. Elles se sont senties abandonnées au bout du compte…Certaines se refusant de recevoir ce qu’elles qualifient désormais de « médaille en chocolat » !

Interpellé avec véhémence par plusieurs professionnels lors de son immersion rapide dans le complexe hospitalier parisien, le pensionnaire du palais présidentiel a failli sortir de ses gonds.

« Si vous ne voulez pas de cette médaille, alors ne la prenez pas... devait-il rétorquer un brin agacé à une invective adressée face caméra par un jeune praticien à la diatribe musclée.

Un peu plus tard, lors de cette visite loin d’être de tout repos et de grande sérénité, le président dut esquiver une autre banderille menaçante d’une infirmière lui tenant tête. Cette dernière réclamait ni plus ni moins la revalorisation des salaires.

 

Pourquoi une prime ? Nous n’avons fait que notre travail…

 

Bref : le temps d’un court reportage télévisuel, chacun d’entre nous ayant visionné ces images coup de poing se sera fait une réelle opinion de ce qui se passe derrière les murs des établissements sanitaires en France.

Certes, il devrait y avoir le versement d’une prime pour ces femmes et ces hommes au comportement si méritoire, voire héroïque, après tant de sacrifices personnels pour avoir tenté d’endiguer et de contenir les ravages de l’infection virale.

Eux, stoïques, répondent presque unanimes qu’ils n’ont fait que leur devoir. Conformément à leur volonté d’exercer leurs métiers de la manière la plus optimale et déontologique possible.

D’ailleurs, le gouvernement avait réfléchi à diverses récompenses pour saluer le courage et la bravoure de ces « soldats » envoyés en première ligne dans cette guerre virologique d’un genre nouveau.      

Si le principe d’une remise de médaille de l’engagement a été validé en haut lieu ainsi que l’hommage public rendu par la France à ses soignants le 14 juillet, d’autres pistes avaient été couchées sur le registre des propositions gouvernementales.

Distribution de chèques-vacances, versement de primes, dons de congés, voire même dans certains cas la distinction honorifique suprême avec la Légion d’honneur…autant de possibilités qui, paradoxalement, n’ont pas eu l’air ni de satisfaire ni d’intéresser les professionnels de santé.

 

Pour les soignants, la prime est une rustine sur une jambe de bois…

 

Ceux-ci exigent davantage de moyens pour l’hôpital. Tant au niveau technique (on l’aura vu avec la gestion de cette crise unique où le matériel était bien en-deçà des attentes opérationnelles des soignants) qu’au niveau humain.

Plus d’effectifs parmi les intervenants, des conditions de travail plus humaines et responsables. Et naturellement, une revalorisation accrue des conditions salariales pour beaucoup de ces acteurs qui parfois triment des heures durant loin de leur univers familial pour des queues de cerises.   

Précisons que les infirmières françaises perçoivent 500 euros de moins chaque mois par rapport à la moyenne de leurs homologues qui exercent le même métier dans l’OCDE.  

Autant dire que l’annonce de l’obtention d’une médaille distinctive aura fait un flop retentissant parmi ses futurs récipiendaires. Certains y auront même vu une véritable provocation de l’Etat. D’autant qu’ils n’ont pas envie de défiler le jour de la fête nationale aux cotés des militaires…

Aujourd’hui, 60 % des hôpitaux de l’Hexagone se situent dans le rouge et sont en déficit. Les professionnels de santé veulent du changement. Et profiter de cette crise sanitaire exceptionnelle pour remettre tout à plat avec un gouvernement qui devrait s’atteler à cette tâche dès la semaine prochaine.

Le président de la République a en effet donné mandat au ministre de la Santé et des Solidarités, Olivier VERAN, pour qu’il puisse commencer les discussions à partir de lundi.

Au centre de ces échanges qualifiés de concertation, la revalorisation des salaires des professionnels médicaux et paramédicaux est prioritaire.

Changer de paradigme tout en étant revalorisés : les personnels soignants le désirent plus que tout. Seront-ils enfin entendus par la gouvernance ?

 

Thierry BRET

 

 

 

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