Crise logistique en France : bas les masques !

L’heure n’est absolument pas à la polémique. Ni même à la moindre critique ouverte en public tant que la situation demeure irréversible face à la propagation galopante (et très inquiétante) de ce nouveau fléau qui ravage l’humanité.

Mais, il est clair qu’une fois passée cette crise sanitaire exceptionnelle, la plus grave survenue sur la planète depuis la fameuse pandémie de la grippe espagnole de 1918, des réponses devront être apportées clairement par l’Etat à la foultitude d’interrogations que nous avons tous à l’esprit en ces difficiles instants.

Pourquoi la France ne dispose-t-elle pas du nombre suffisant de masques pour protéger celles et ceux qui luttent au quotidien face à ce virus (les soignants, placés en première ligne de front de cette guerre mondiale pour paraphraser le président de la République) et celles et ceux qui en sont les plus exposés au plan personnel, voire professionnel, au quotidien ? Voire à l’ensemble de la population ?

Ces précieux ustensiles de santé publique demeurent aujourd’hui les seuls artifices nécessaires et salvateurs pour permettre à leurs utilisateurs, soit de se protéger au mieux en ne contaminant pas les autres s’ils ont un soupçon de pathologie en eux, soit de pouvoir exercer leur travail de praticien journalier dans des conditions de plus en plus extrêmes.

Or, à l’instar du gel hydro-alcoolique, l’autre grand absent de ces produits toujours aux abonnés absents des officines pharmaceutiques et des circuits de distribution aujourd’hui, les masques de protection sont devenus de la denrée rare même si les chiffres les plus farfelus et contradictoires circulent chaque jour sur leur diffusion effective dans le pays.

 

Des plaintes déposées par les médecins eux-mêmes contre l’Etat…

 

Il s’en fabriquerait six millions d’unité par jour. Trente millions de spécimens ont été acheminés à travers l’Hexagone en milieu de semaine. Puis, in fine, c’est le chiffre de 15 millions d’exemplaires qui surgit à la surface des données statistiques. Sans omettre l’apport des millions de produits importés de Chine, le surplus que ces derniers n’ont pas eu à utiliser.

Mais, résultat des courses, l’opacité reste la seule gagnante de ce véritable méli-mélo d’indicateurs en termes de volume qui évoluent chaque jour tels les cours de la Bourse, qui elle pendant ce temps continue sa chute en avant…

N’y pouvant plus, les professionnels des métiers de santé s’insurgent contre le gouvernement de ce manque cruel de moyens et d’équipements, aussi élémentaires soient-ils.

La preuve : trois médecins n’ont pas hésité à transformer leurs cris de colère en actes juridiques en portant plainte contre le Premier ministre, Edouard PHILIPPE, et la ministre de la Santé de ce début de crise, Agnès BUZYN.

Mais, nous l’avons dit en préambule : la polémique n’a pas sa place dans les discussions actuelles où il faut parer au plus pressé pour sauver des vies menacées.

D’autant que les vraies responsabilités de cet incroyable fiasco sanitaire made in France, devenu aujourd’hui la risée de la presse internationale, ne sont pas forcément les destinataires de ces plaintes.

La pandémie actuelle nous ramène à quelques semaines en arrière. Et au cœur de la crise sanitaire profonde à laquelle est confronté le pays depuis tant d’années : la raréfaction de la présence médicale et surtout l’état de délabrement avancé de ses moyens. Sources de nombreux conflits sociaux.

 

L’art et la maîtrise de l’anticipation des crises à venir…

 

Même si aujourd’hui, et il ne faudra jamais l’oublier, on doit une fière chandelle à toutes celles et tous ceux qui arborent des blouses blanches et se battent à chaque minute, à chaque heure, du jour et de la nuit, dans des conditions difficiles, à la limite du supportable et du raisonnable, sans les moyens préventifs requis, pour sauver ce que nous avons de plus précieux en ce bas monde : l’existence.

La faillite de la politique sanitaire de notre pays, entamée il y a des lustres, trouve malheureusement avec cette pandémie qui n’était pas prévisible, son paroxysme. Alors que nous nous gargarisons toujours d’être la cinquième puissance mondiale !

Pratiquer à qui mieux mieux des coupes sombres systématiques et irréfléchies dans les budgets régaliens de la nation (santé, défense, éducation, environnement, énergie, économie…) nous amène à être confronté à l’impensable, tôt ou tard.

C’est ce qui se passe aujourd’hui en France.

A force de désindustrialiser de manière drastique le pays depuis les années 1970, l’Hexagone n’est plus en mesure de produire le nécessaire vital à sa survie. Et surtout de pouvoir anticiper les crises multiples à venir. Et elles ne sont pas imputables qu’au seul réchauffement climatique…

Notre dépendance énergétique (pétrole) à l’identique de notre dépendance industrielle (Asie) nous a permis de reculer et de perdre pied au niveau de notre autonomie.

Bien sûr, plusieurs industriels français, et non des moindres puisque L’OREAL s’est jetée dans cette bataille contre la montre, conçoivent depuis quelques jours ces précieux ustensiles aux soins et à la survie. C’est louable et citoyen.

Mais, la France devra repenser très sérieusement ses paradigmes sociétaux et son modèle économique au sortir de cette lame de fond inéluctable qui est en train de l’engloutir vers des profondeurs abyssales.

L’heure n’est pas à la polémique : mais nul ne peut plus ignorer dorénavant que des réponses concrètes et des préconisations sérieuses devront se faire jour pour ne plus revivre un tel cauchemar…  

 

Thierry BRET

 

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