L’INAO retire son projet : les raisins de la colère…

Le couperet de la discorde n’est pas tombé si loin, en définitive. Il aura suffi d’un seul fil à trancher pour que soixante-quatre communes viticoles de notre contrée ne soient les victimes expiatoires d’un sinistre redécoupage géographique dont elles auraient été les malencontreuses bénéficiaires.

Exclure certains secteurs accueillant des vignobles du Chablisien, du Tonnerrois, du Châtillonnais, de l’Auxerrois, du Chalonnais et du Mâconnais de l’appellation AOC Bourgogne n’était autre qu’une hérésie sans nom.

Une trahison incommensurable pour ces femmes et ces hommes qui travaillent, au quotidien, avec ardeur et depuis des générations à la gloire et à la renommée de leurs terroirs. Une farce grotesque que nul n’aura vue arrivé.

Basculer de facto et sans que l’on en sache réellement les causes le Chablisien ou le Tonnerrois vers le Beaujolais est aussi risible que de dire que demain, sous de fallacieux prétextes technocratiques, le sel de Guérande sortirait de son territoire originel pour être affilié au pays Basque ! Ou la saucisse de Morteau qui a fait la réputation de la charcuterie franc-comtoise ô combien savoureuse deviendrait un pur produit de l’Alsace Lorraine !

Mais, qu’avaient-ils donc dans la tête au moment de rédiger leurs rapports ces prétendus experts, auteurs de ses stupides suggestions, faites à l’INAO ?

Comment pouvaient-ils s’imaginer une seconde que le monde économique et institutionnel, appuyé par les soutiens politiques toutes obédiences confondues, de notre territoire accepterait sans renâcler ces décisions absurdes et pour le moins arbitraire ?

L’envolée de boucliers a été prompte. Les réactions n’ont pas tardé à se faire jour. Entraînant avec elles leur lot de protestations revendicatives.

En ligne de mire, ce sont les viticulteurs eux-mêmes qui se sont rendus ce jeudi 06 février à Paris devant le siège de l’INAO.

Oui, c’est établissement public à caractère administratif placé sous la tutelle du ministère de l’Agriculture, qui a diligenté cette fameuse étude faisant intervenir lesdits experts.

L’Institut national de l’origine et de la qualité (plus connu sous son acronyme INAO – Institut national des appellations d’origine) a sans doute perdu une belle occasion de se taire avec cette ténébreuse affaire.

Un sérieux pas de côté pour rejeter une « simple » proposition d’experts…

Un couac supplémentaire à mettre à l’actif d’une administration nationale. Permettre à vingt-quatre communes du Beaujolais de pouvoir prétendre un jour à l’appellation AOC Bourgogne, ainsi qu’à dix-neuf communes des crus du même secteur géographique, dont certains situés dans le département du Rhône, de s’enorgueillir de la bannière bourguignonne ne tenait visiblement pas la route côté perspectives.

Jeudi matin, en recevant une délégation de viticulteurs –remontés comme des coucous suisses- et d’élus de la région, l’exécutif de l’INAO a dû faire profil bas.

Certes, la réunion avait pour objet d’évoquer la révision de l’aire géographique de l’AOC Bourgogne, suite à la mobilisation des syndicats de viticulteurs bourguignons.

Le Comité national des Appellations d’origine viticoles de l’organisme rappela, muni de ses petits souliers, lors de cet échange que ce qui faisait réellement débat émanait d’une proposition des fameux experts.

Et de conclure, précisément, que cette proposition s’apparentait à un outil d’aide à la décision mis à la disposition du Comité national de l’INAO. Seul organe compétent pour fixer le périmètre d’une appellation…

Face aux défenseurs de la territorialité de la Bourgogne et du plus beau de ses emblèmes, le vin et ses nectars, les responsables du Comité national ont décidé de retirer de l’ordre du jour ce dossier devenu épineux en l’espace de quelques jours.

Mieux, Christian PALY, sémillant président de l’INAO, s’est fendu d’une phrase qui restera gravée à jamais dans les annales : « Je ne serai pas le président qui sortira le Chablis de la Bourgogne… ».

Dans un communiqué de presse, paru quelques heures plus tard, le Comité national confirma qu’il n’aurait jamais entériné la sortie de secteurs viticoles aussi emblématiques de leurs territoires originels.

C’est une victoire pour les défenseurs de la cause viticole régionale très mobilisés. Elle s’est forgée de manière unanime et sans équivoque pour rejeter l’inacceptable. Celui d’une Bourgogne morcelée et tiraillée en la répartissant de la manière la plus absconde sur différents secteurs géographiques…Qui ne sont pas du même tonneau…

     

Thierry BRET

 

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