USA/Iran : je t’aime, moi non plus…

Drôle de manière d’appréhender la nouvelle année. Au lieu de proposer les traditionnelles séances de vœux, coutumières également entre chefs d’Etat, avec candeur et bienveillance, les Etats-Unis et l’Iran ont choisi de se distinguer par missiles interposés !

Plongeant la planète Terre qui venait à peine de se remettre des fastes du sempiternel réveillon dans une profonde stupeur. Etions-nous au bord du gouffre qui nous menait tout droit à la déflagration d’un troisième conflit mondial majeur ?

Il ne s’en est donc fallu d’un rien, un cheveu peut-être, pour que 2020 démarre en apothéose, version musclée et militaire. Celles et ceux qui avaient la gueule de bois n’ont pas eu besoin d’aspirine pour se remettre la tête à l’endroit et dans le sens du vent.

A grands renforts de gesticulations médiatiques, le sémillant président américain aura multiplié les messages lapidaires sur Tweeter pour justifier la mise en scène de cette nouvelle poussée de fièvre entre les deux ennemis héréditaires.

Il est vrai que les relations entre les Etats-Unis et l’Iran sont loin d’être simples depuis 1979. Quarante ans d’invectives, d’insultes, de tensions, de chausse-trappes et de coups fourrés !

Prises d’otages, bombardements de milices sur des terrains de chasse appropriés, rupture de relations diplomatiques, gel des intérêts financiers, inscription sur la liste noire du terrorisme d’état… : il ne manque plus dans cette vaste panoplie de soubresauts permanents et chaotiques que l’affrontement direct qui n’ait été encore inscrit à l’ordre du jour de ces sympathiques réjouissances. Preuves de la bêtise humaine…

Les Etats-Unis, et surtout son président actuel, en rêve depuis le premier jour où il s’est assis dans son fauteuil du bureau ovale. Même si depuis, la tendance vers l’apaisement circonstancié (la paix des braves ?) semble avoir pris enfin le dessus. Pour combien de temps ?

L’Iran l’a craint beaucoup cette confrontation guerrière. On a beau posséder l’une des plus impressionnantes forces militaires du Moyen-Orient, après Israël (l’Etat hébreu possède l’arme nucléaire par rapport à son rival historique) ; qu’est-ce que cela représente réellement vu l’armada démesurée de la première puissance mondiale !

 

Personne n’a envie de se serrer la main dans ce feuilleton à répétition…

 

Alors, voilà. Comme des gamins qui se chamaillent dans une cour de récréation pour récupérer un vieux stylo bille usagé, de temps à autre, nos dirigeants aiment se provoquer et jouer à se faire peur.

C’est le cas de Donald TRUMP et du guide suprême de la Révolution, Ali KHOMENEI. Ils se détestent royalement, ces deux-là ! Mais, ils ont ce point commun propre à celles et ceux qui détiennent le pouvoir : ils veulent préserver leur avenir. Comment ? En pratiquant le jeu de la surenchère diplomatique qui possède toujours des retombées en matière de politique intérieure.

Comme il a aimé le faire avec son « grand ami de toujours » (mais seulement depuis plusieurs mois en vérité et encore !) le Nord-coréen KIM JONG-UN, le résident de la Maison Blanche entretient des rapports tendus avec ses interlocuteurs. Soufflant le chaud et le froid, selon la température ambiante.

S’il a voulu se rapprocher de pas mal de dirigeants, parfois peu recommandables du globe (Brésil), Donald TRUMP éprouve toujours une réticence viscérale à tendre la main à son homologue iranien. Il est vrai que ce dernier ne sort pas non plus les mains de ses poches pour lui rendre la politesse.

Lors de sa conférence de presse, accordée après la série d’explosions d’une douzaine de missiles en partance de Téhéran et qui n’auraient provoqué qu’un léger envol de poussière sur le sol irakien, Donald TRUMP a claironné haut et fort qu’il était prêt à faire la paix avec tous ceux qui le désiraient.

Balayant ainsi son image de milliardaire « bad boy » impétueux qui n’a que faire des conseils de ses proches collaborateurs.

Oui mais voilà : comment se réconcilier, même en façade le temps d’une série de clichés immortels, avec le pire de ses ennemis en sachant qu’une nouvelle palanquée de sanctions économiques vont s’abattre en rafale sur l’économie d’un pays déjà exsangue dans les prochaines semaines.

Complexe équation que les dirigeants de l’Iran ne peuvent décemment ni résoudre ni accepter sous peine de perdre la face vis-à-vis d’une population qui crie déjà aux abois contre la corruption.

Peut-être aurait-il fallu que Donald TRUMP esquisse un geste, même symbolique, pour montrer sa bonne foi envers Téhéran ? Ou du moins qu’il lâche quelques miettes d’un saupoudrage substantiel, toujours bonnes à prendre en période de disette.

Si paix, il devait y avoir entre ces deux états qui pourraient être responsables dans le cas de dégâts collatéraux d’une catastrophe aérienne sans précédent après la destruction du Boeing 737 ukrainien survenue à l’aéroport de Téhéran, elle ne se ferait que de manière unilatérale et aux conditions drastiques émises par l’Aigle américain.

Autant dire qu’il risque d’y avoir encore de la friture dans les relations tendues entre ces deux nations qui aiment se faire peur. Et nous inquiéter…

Thierry BRET       

 

Bannière droite accueil