Retraites : les régimes spéciaux passent à la trappe…

Les Français, et plus spécifiquement celles et ceux qui bénéficient de l’un des quarante-deux régimes spéciaux de retraite, doivent se familiariser désormais avec un nouveau terme à leur vocabulaire : le renoncement.

Sans coup férir, le Premier ministre Edouard PHILIPPE, lors d’une intervention impromptue réalisée dans la cour de Matignon, a démontré devant les caméras de télévision sa réelle opiniâtreté. Et surtout sa ferme volonté de ne rien lâcher sur cette épineuse, mais ô combien nécessaire réforme des retraites, favorable à la bonne santé des caisses de l’Etat.

Quinze minutes d’un phrasé monocorde exprimé par l’ex-édile du Havre auront suffi pour passer de vie à trépas ce qui faisait l’originalité si particulière de notre pays par rapport aux autres nations européennes. Ces fameux régimes spéciaux qui perdurent depuis des lustres au sein de la République et avantagent certaines franges de la population mais pas toutes !

Un petit quart d’heure de monologue où le chef du gouvernement n’a pas cillé malgré la détermination de la rue. Au lendemain d’une épreuve de force, mobilisatrice de plus de 800 000 personnes selon les chiffres fournis par le ministère de l’Intérieur. La CGT en comptabilisera plus d’un million.

Même s’il dit entendre la colère et la souffrance de ses compatriotes, Edouard PHILIPPE ne faiblit pas. Il ne reviendra pas sur les décisions prises par le président de la République et validées par la majorité de conduire la mère des réformes, même si le temps qu’il a pour lui plaide en sa faveur.

D’une manière subtile, presque doucereuse, et avec une relative condescendance, le Premier ministre a annoncé la couleur. Avant même que ne soit divulgué à la presse les contours précis et détaillés de ce que seront les lignes directrices de cette réforme, un exercice prévu ce mercredi 11 décembre. Avec l’approbation du Conseil des ministres.

 

De l’huile sur les braises incandescentes…

 

Faisant fi des fausses informations et de l’intox qui entourent ce délicat dossier, Edouard PHILIPPE ne dérogera pas à la ligne politique qu’il s’est fixée. La mise en pratique du système universel de retraite se fera en l’état. Qu’on le veuille ou non. Que cela nous plaise ou pas.

Même si la main tendue aux représentations syndicales demeure. Toutefois, la fenêtre jusque-là encore entr’ouverte va se refermer. Inexorablement. Dès lundi, où la ministre de la Santé, Agnès BUZYN, et le haut-commissaire aux retraites, Jean-Paul DELEVOYE iront à la rencontre des syndicalistes afin de clore sine die le cycle de négociations autour de ce sujet si passionnel et tellement brûlant.

Preuve, une fois encore, de la détermination sans borne du chef du gouvernement qui désire passer à la vitesse supérieure : celle de l’application concrète de décisions irrévocables.

D’ailleurs, deux jours plus tard, le calendrier qu’il entend poursuivre se mettra en place avec la présentation faite au Conseil économique social et environnemental de l’intégralité du projet qui nous attend. Alors, à quoi bon manifester dans les rues de France, à la veille de ce rendez-vous ?

C’est en substance le message d’une limpidité absolue qu’a voulu adresser le Premier ministre à ses concitoyens. Usant de petites phrases significatives qui ont évité tous les sous-entendus, Edouard PHILIPPE a placé le gouvernement et, par ricochet, le Président de la République devant ses responsabilités.

« Les Français savent qu’il leur faut renoncer aux régimes spéciaux… ». « La disparition des régimes spéciaux est une attente des Français… ». « Les Français ne peuvent plus accepter ces régimes spéciaux qui permettent à certains de partir à la retraite avec plus et plus tôt par rapport aux autres… ».

S’il avait souhaité jeter de l’huile sur le feu de ces braises incandescentes qui couvent un peu partout à travers l’Hexagone, le Premier ministre ne s’y serait pas pris autrement !

 

Une fin de non-recevoir qui va s’exprimer dans la rue…

 

Ses aficionados diront de lui qu’il nous avait prévenus ! Rappelons, pour celles et ceux qui l’auraient déjà oublié, que le chef de l’Etat avait évoqué bon nombre de réformes dans son programme électoral. Dont celle de la retraite.

Les réfractaires à toute évolution tireront à boulet rouge sur ce « mécréant » qui n’entrave que couic aux vrais problèmes de la société et du peuple !

Fin tacticien, le Premier ministre ne pouvait clore ce nouveau chapitre de ce mandat sans caresser, un peu, dans le sens du poil, celles et ceux qui demain devront dire adieux à leurs acquis sociaux.  

« Il n’est pas raisonnable de changer les règles du jeu en cours de partie ! ». C’est peut-être de là qu’aurait pu apparaître la lumière, si l’on est un opposant farouche à toute velléité de réforme !

Que nenni, en vérité ! Les déçus du système devront se contenter de miettes. Car, à cette affirmation, Edouard PHILIPPE confirmera ce qu’il a pu dire durant toute son intervention : « ces adaptations au changement se feront de manière progressive, sans aucune brutalité… ».

Des adaptations appliquées au nom de la justice et de l’équité sociales, il va s’en dire. Des annonces qui ne devraient pas faire baisser les crispations et tensions actuelles, c’est une évidence.

C’est sûr : la fin des illusions pour bon nombre de nos concitoyens passent par la douloureuse expérience de l’acceptation. En psychologie, elle facilite peu ou prou le deuil. Mais, avant d’en arriver à ce stade complexe et inévitable, les rues de France et de Navarre devraient encore résonner des sons des cornes de brume et de la stridence de sifflets protestataires…

Thierry BRET

 

 

Bannière droite accueil