Sahel : l’Europe toujours aux abonnés absents…

La France vient encore de payer un lourd tribut à sa contribution militaire pour la sauvegarde de la liberté et des droits de l’homme dans cette région d’Afrique. Comparable à la taille de plusieurs hexagones réunis côte à côte, le Sahel ne respire plus la sérénité depuis de nombreuses années. Faisant fuir les rares personnes qui s’intéressaient quelque peu à cet endroit si inhospitalier.

Ce territoire hostile, fait de sable, de vent chaud et de nuits glaciales, est devenu progressivement le terrain de jeu d’une multitude de bandes rivales, se revendiquant de la mouvance islamiste. Entre conflits ethniques et rivalités ancestrales, les factions belliqueuses qui agissent sans vergogne sur cette partie du monde sèment désormais la peur et la terreur parmi les populations pacifiques de cette vaste contrée. Pauvre en tout ou presque.

Les accords bilatéraux de coopération existants entre notre nation et les cinq états implantés sur ce territoire font qu’aujourd’hui plusieurs contingents de soldats tricolores soient présents sur ce sol aride et orphelin en densité humaine.

Sous la férule de l’Etat français, l’opération BARKHANE a été instituée le premier août 2014, selon la volonté du président de la République d’alors, François HOLLANDE.

Mais, il faut rendre à cette présence aujourd’hui contestée par une frange minoritaire de la classe politique nationale sa part de vérité. La France n’a pas agi de son plein gré en se lançant à corps perdu dans cette aventure de maintien de l’ordre si délicate. Elle n’a fait que répondre aux sollicitations appuyées du chef de l’état malien qui avait jeté une bouteille à la mer en demandant de l’aide. Celle-ci était cruciale à bien des égards…

 

Honorer les accords de coopération avec les états africains…

 

Il y avait urgence en la matière. Moult colonnes de pick-up, savamment garnis de djihadistes et de puissants armements prêts à dispenser la mort à des kilomètres à la ronde, faisaient convergence vers la capitale de l’état sahélien, Bamako. Il ne fallut pas grand-chose pour que le raid très organisé des branches guerrières de l’AQMI ne transformât l’agglomération malienne en un champ de bataille féroce où les morts se seraient comptés par milliers sur un sol, abreuvé de sang.

Précautionneuse dans ses principes coopératifs à l’égard des pays amis et frères de l’Afrique, la France crut bon d’apporter une réponse franche et concrète à cet épineux problème qui fut endigué dans l’œuf avec une extrême vigilance.

Mais, c’était mal connaître ce que le président de la République, Emmanuel MACRON, qualifie d’hydre à multiples têtes. La noria de terroristes et/ou assimilés bandits de grand chemin qui sévissent dans cette contrée de la planète aura eu tôt fait de reconstituer sa force de frappe et de la disséminer de manière éparse à travers cette zone de non-droit.

Autrefois, terre prometteuse des aventuriers adeptes de courses d’endurance de l’extrême disputés aux confins du désert, le Sahel est aujourd’hui boudé par les touristes et les sportifs de haute volée. Seuls sont restés celles et ceux qui y vivent au quotidien et n’ont d’autres alternatives que d’exister dans la part de l’inconnu et du lendemain.

Pourtant, à l’énoncé de cette trop longue liste de décès injustes au nom de la liberté et de ses principes vertueux, une interrogation s’impose.

Si la France n’avait été présente depuis plus de cinq ans au Sahel, combien de morts, civils et innocents, chrétiens et musulmans, jeunes et vieux, serait à déplorer aujourd’hui dans les colonnes de la statistique ?

La présence des militaires français se justifie sur place. D’une part, pour éradiquer ce fléau qui condamne les habitants de ces zones infestées de guérir enfin de cette pathologie de la peur et de l’effroi. D’autre part, pour prévenir tout risque de prolifération vers d’autres pays du continent noir et de sa mutation encore plus musclée vers l’Europe.

Mais, force est de constater, cinq ans après voir posé les pieds sur le sol de cette Afrique si envoûtante et mystérieuse que le mal est loin d’être circonscrit.

Pire, les observateurs alertent sur le regain de tension qui mine ces territoires et plus particulièrement, le Burkina-Faso, le Niger et le Mali.

 

L’Europe militaire doit enfin se mobiliser et envoyer des hommes…

 

Il ne se passe pas une journée, dorénavant, où les soldats français ne soient exposés aux plus grands des dangers lors de leurs missions et déplacements.

Près de 4 500 femmes et hommes du rang y sont affectés. Trop peu, bien sûr, pour couvrir et sillonner sans relâche un aussi vaste terrain de chasse.

Alors, l’insidieuse interrogation qui refait surface au moindre incident (et celui de la perte de ces treize hommes courageux ne peut être négligé sur les conséquences) est la suivante.

Que fait l’Europe dans tout cela ? Pourquoi ne mobilise-t-elle pas plus de forces militaires pour soutenir le travail intensif des Français sur le sol de cette Afrique subsaharienne ?

Certes, il y a bien une poignée de Britanniques, de Belges, d’Allemands, de Tchèques, voire même d’Estoniens in situ pour épauler notre commandement et former les néophytes aux rudiments militaires parmi les armées locales. Mais, cela n’a jamais suffi et ne suffit plus aujourd’hui après ce cauchemar vécu par nos troupes.

Près de 40 000 hommes pourraient être mobilisables assez vite via les vingt-huit pays de l’Union. Les dépêcher là-bas suffirait sans doute à détruire de manière expéditive le fléau qui nous guette et nous menace depuis si longtemps. Pour ce faire, il est nécessaire d’actionner le levier de la conviction et du leadership pour diriger les opérations.

De par notre présence, enrichie d’expériences, la France peut prétendre jouer ce rôle. Emmanuel MACRON qui a signifié son désir de vouloir modifier les règles de l’intervention française en Afrique, aurait-il suffisamment de charisme et de pouvoir pour obliger les Européens à nous suivre dans ce conflit au nom de la liberté commune ?

C’est tout l’enjeu des prochaines semaines qui vont suivre dans ce jeu trouble et sournois qui se nomme la diplomatie…

 

Thierry BRET

 

     

   

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