L’agriculture de conservation place le sol au cœur du système productif : les vers de terre leur disent merci !

 « Benjamin, le fils d’Yves VECTEN, a repris depuis un an l’exploitation familiale de 330 ha. Aujourd’hui, il est labellisé en Agriculture de Conservation des Sols, avec pour objectif d’introduire dans son assolement de nouvelles cultures comme le chanvre ou la luzerne, réputées pour leur pouvoir couvrant et leur faible besoin en engrais… ». « Benjamin, le fils d’Yves VECTEN, a repris depuis un an l’exploitation familiale de 330 ha. Aujourd’hui, il est labellisé en Agriculture de Conservation des Sols, avec pour objectif d’introduire dans son assolement de nouvelles cultures comme le chanvre ou la luzerne, réputées pour leur pouvoir couvrant et leur faible besoin en engrais… ». Crédit Photos : Dominique BERNERD.

Benjamin VECTEN fait partie de ces agriculteurs novateurs qui font abstraction du schéma traditionnel opposant agriculture conventionnelle et agriculture biologique. Adhérent à l’Association pour la Promotion d’une Agriculture Durable (APAD), il mise sur l’agriculture de conservation. Une technique culturale qui place le sol au cœur du système de production. Une passion qu’il a partagé en ouvrant sa ferme au public lors des Journées du patrimoine.

ESCAMPS : L’adage est bien connu : « Labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France ». Une affirmation dévolue à SULLY, ministre d’Henri IV, qui se serait sans doute retourné dans sa tombe s’il avait su qu’un jour certains agriculteurs remiseraient la charrue sous le hangar pour travailler le sol a minima et ne pas en perturber l’activité biologique.

L’enjeu est de taille car s’il faut plusieurs siècles pour former un centimètre de sol, il ne faut parfois que quelques minutes pour le voir disparaître, en cas d’orages ou de fortes pluies. En France, selon l’APAD, 15 millions de tonnes de terre arables seraient ainsi perdues chaque année. L’Agriculture de Conservation des Sols (ACS) a pour vocation de s’inspirer de la nature pour en tirer les bénéfices environnementaux et repose sur trois piliers indissociables : le dépôt de la semence sans retourner la terre, favorisant ainsi la perméabilité naturelle du sol tout en augmentant le taux de matière organique ; l’implantation de couverts végétaux entre les cultures, de manière à le protéger, le nourrir, l’humidifier davantage et lutter contre l’érosion ; une réflexion agronomique s’appuyant sur la diversification et la rotation des cultures pour profiter des interactions végétales et diminuer les maladies et la pression parasitaire.

 

 

Une centaine de pratiquants exercent dans l’Yonne…

 

L’on estime que 2 % des agriculteurs ont aujourd’hui adopté ce système de production dans l’Hexagone. Une petite centaine dans l’Yonne. C’est par le biais de rencontres avec un agronome précurseur en la matière, qu’Yves VECTEN a pris conscience dès les années 80, de l’importance à sauvegarder ce bien vivant qu’est le sol : « Tout le challenge était de s’empêcher de travailler le sol, une difficulté psychologique énorme, liée aux habitudes ancestrales… ».

Son fils Benjamin a repris l’exploitation familiale il y a un an. Mais, l’objectif est resté le même : l’amélioration des performances environnementales et la réintroduction de la biodiversité dans le paysage agricole, tout en réduisant l’utilisation des produits phytosanitaires et en supprimant les insecticides.

Une troisième voie entre le conventionnel et le bio qu’il a plaisir à expliquer aux visiteurs en cette journée Portes Ouvertes : « L’agriculture est souvent décriée, alors que c’est le domaine où les choses bougent le plus en matière environnementale depuis des années. Le grand public ne le sait pas forcément, il est déconnecté aujourd’hui du monde agricole. D’où l’intérêt d’une journée de sensibilisation comme celle-ci… ».

Aux atouts environnementaux de l’ACS, se rajoutent des bénéfices économiques, comme la diminution de la consommation de gazole et des charges, ainsi que des bénéfices humains, replaçant l’agronomie au cœur du métier de paysan.

Un tiercé gagnant qu’Yves VECTEN aime résumer ainsi, pontant son discours d’un rire pantagruélique : «On reste avant tout un agronome, on n’est pas un chauffeur de tracteur ! ».

 

 

En savoir plus :

Une expérience qui se passe de commentaires sur l’un des visuels : à gauche, une motte de terre cultivée en ACS, retenant les nutriments et les engrais, à droite une motte de terre labourée, laissant partir dans les nappes phréatiques et les rivières tout ce qui fait la vie du sol.

Ce fut une journée de sensibilisation qui a conquis les visiteurs présents, comme devant ce comparateur d’échantillons de sols, installé pour témoigner des pouvoirs drainants de chacun.

Et si vous plantiez un slip ? Une expérience facile à reconstituer dans son jardin, qui témoigne de la vie cachée des sols et de l’indispensable travail mené par les vers de terre et autre macrofaune pour mieux le nourrir. Il n’aura fallu que trois mois d’enfouissement à ce slip de coton pour se transformer en dentelle de Calais ! Renseignements supplémentaires sur www.mtaterre.fr

En partenariat avec la Chambre d’Agriculture de l’Yonne, la LPO (Ligue de Protection des Oiseaux) mène depuis 2018 un travail avec les agriculteurs, dont Benjamin VECTEN, afin de dresser un diagnostic de biodiversité de leur exploitation.

 

Dominique BERNERD

 

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